Aujourd'hui l'inflation ne fait plus la une des médias. Le marché estime de nouveau que les problèmes d'inflation se régleront quasiment d'eux-mêmes avec le ralentissement mondial.

Mais cette vision à court terme est trop limitée. Elle néglige d'importantes modifications structurelles de l'économie mondiale, qui marquent peut-être le passage de la situation déflationniste observée au cours des vingt dernières années à une période d'inflation. La hausse des prix de toute une série de matières premières et de denrées alimentaires est la conséquence naturelle des processus d'industrialisation et d'urbanisation intervenant dans les pays émergents d'Asie. L'influence des investisseurs institutionnels et des spéculateurs, souvent décriée, est alors tout au plus marginale. La hausse des salaires et l'inflation générée localement dans la zone asiatique ont une influence bien plus importante. Ce sont là des tendances structurelles qui peuvent également mener à un changement de paradigme en Suisse. Au cours des vingt dernières années, les banques centrales sont parvenues à maintenir les prévisions d'inflation à un niveau faible grâce à une politique monétaire crédible. De premiers signes laissent désormais supposer que cette situation pourrait changer.

Faire un placement signifie renoncer à consommer aujourd'hui pour pouvoir consommer davantage demain. Mais pour que cela reste vrai, le pouvoir d'achat doit être conservé sur toute la durée de l'investissement. L'inflation doit être compensée par le rendement du placement.

Les tendances inflationnistes qui se manifestent à l'improviste ne sont pas compensées par les obligations «normales». Dans le cas où l'inflation réelle est, à l'échéance du placement, plus importante que prévue initialement, l'investisseur subit une perte sensible de pouvoir d'achat. Les investisseurs pensent et font leurs calculs principalement en valeurs nominales - et les pertes réelles sont ainsi souvent largement sous-évaluées. Plus l'horizon de placement est long et plus ce mécanisme gagne en importance. Les caisses de pension et les investisseurs institutionnels sont particulièrement touchés par le risque d'inflation.

Les Commodities ou les biens immobiliers constituent des véhicules de placement éprouvés, qui offrent une protection partielle contre le risque d'inflation. Ces catégories de placement ne sont toutefois pas en corrélation parfaite avec les variations imprévues de l'inflation, elles possèdent des caractéristiques offre/demande qui leur sont propres et sont en partie illiquides. Elles ont pour principal inconvénient de présenter des risques spécifiques, qui devraient être traités séparément dans le cadre de la répartition des risques. Le risque d'inflation doit donc être couvert de façon indépendante, au moyen d'obligations indexées sur l'inflation ou de swaps d'inflation.

Au cours de ces dernières années de faible inflation, les obligations indexées sur l'inflation ont dégagé un rendement semblable à celui des obligations nominales. Assumer le risque d'inflation n'est pas compensé par le marché, et la prime de risque d'inflation est généralement proche de zéro; suite à la récente crise financière, elle est même tombée en dessous de zéro. La couverture de l'inflation permet aux investisseurs institutionnels de répartir leur budget risque en risques mieux compensés par le marché. L'optimisation du profil rendementrisque est ainsi l'argument principal en faveur des placements indexés sur l'inflation.

Le marché des obligations indexées sur l'inflation a connu une croissance rapide au cours des dernières années, pour atteindre un volume actuel de plus de 1000 milliards de dollars. C'est sur cette base que s'est développé un marché hors bourse très liquide pour les swaps d'inflation au niveau des différents indices des prix à la consommation. Pour répondre à la demande croissante, nous avons lancé il y a plus de cinq ans des fonds indexés sur l'inflation. Ces fonds investissent dans des obligations nominales en francs suisses et couvrent les variations imprévues de l'inflation suisse grâce à une combinaison optimisée de swaps d'inflation sur l'inflation européenne et l'inflation américaine.