Dans le sillage des banques centrales d’Europe et des Etats-Unis, la Banque nationale suisse a annoncé des mesures d’exception face à une crise dont l’ampleur dépasse désormais les estimations les plus pessimistes.

Rappelant la dégradation brutale de l’économie mondiale et la dépendance de la Suisse aux exportations, la BNS s’attend désormais à un recul du PIB de 2,5 à 3% et à une déflation, c’est-à-dire à une baisse durable et généralisée du niveau des prix, de 0,5% en 2009, pouvant tomber jusqu’à 1% en cours d’année. La stagnation des prix pourrait se poursuivre jusqu’en 2011, estime encore la banque centrale.

La BNS abaisse donc son principal taux cible pour l’amener à 0,25%, soit le niveau qui prévalait en 2003-04. Elle annonce également, mais sans en chiffrer l’ampleur, des opérations de rachat de devises et de dettes privées afin d’augmenter «substantiellement» les liquidités sur un marché qui a soif. Dans son communiqué la banque centrale s’inquiète notamment de constater un resserrement des conditions de crédit de la part des banques, un phénomène qui devrait encore s’aggraver au cours de l’année.

En intervenant directement sur les marchés des changes, ce qu’elle n’avait plus fait depuis 1992, hormis dans le cadre d’opérations conjointes avec d’autres banques centrales, la BNS cherche à enrayer l’appréciation du franc face à l’euro. Après cette annonce, le franc a chuté de 3,1% contre la monnaie unique. Au cours des six derniers mois, le franc avait pris 8% contre l’euro, ce qui n’a fait que pénaliser encore le secteur des exportations.

«On s’attendait à beaucoup de la part des Suisses, commente un stratégiste obligataire cité par l’agence Bloomberg. Mais là, ils n’y sont pas allés de main morte.» Et le chef économiste de la banque Sarasin de constater «la mort des politiques monétaires conventionnelles».

Avec des taux directeurs proches du plancher, les banques centrales en viennent à user de méthodes inédites pour relancer leurs économies nationales en récession. La Réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon, ont récemment annoncé le recours à des opérations d’assouplissement quantitatif, c’est-à-dire de création d’argent frais pour le rachat d’actifs sur les marchés, principalement des obligations privées. Des mesures qu’avait déjà massivement prises la Banque du Japon pour tenter de se sortir de la crise déflationniste d’il y a dix ans.