«Les valorisations des actions chinoises sont très intéressantes»

Marchés Mansfield Mok se démarque par son optimisme sur l’économie chinoise

Le gérant basé à Hongkong souligne les progrès réalisés ces dernières années

L’été a été très agité sur les marchés financiers. En cause: le ralentissement de l’économie chinoise qui inquiète économistes et analystes du monde entier. Dans la morosité ambiante, certains experts se démarquent par leur optimisme quant à l’évolution du marché chinois. Mansfield Mok, gérant d’un fonds actions chinoises pour le compte d’EFG Asset Management à Hongkong, est l’un d’entre eux. Nous l’avons rencontré lundi lors de son passage à Genève.

Le Temps: Le pire est-il derrière nous?

Mansfield Mok : Je crois que oui. La correction du marché chinois n’était que le dernier reflet d’un cycle bien plus global engendré par la fin du programme d’assouplissement monétaire («quantitative easing, ou QE») américain. La dette extérieure de la Chine par rapport à son produit intérieur brut (PIB) étant très peu élevée (environ 10%), son économie n’a été que tardivement affectée par cette fin de cycle qui s’est traduite par une hausse du dollar.

– L’appréciation du dollar est-elle la seule cause de la chute des marchés chinois?

– Non, bien sûr. Mais depuis le début de l’été, les autorités chinoises se sont attaquées de manière importante à la spéculation boursière. Elles ont réduit de moitié l’effet de levier sur les marchés financiers. Si de petites corrections sont encore possibles, elles ne refléteront en rien la bonne santé de l’économie chinoise. D’autant que de nouvelles mesures seront prises ces prochains mois…

– Lesquelles?

– La Banque centrale chinoise (PBOC) va poursuivre sa politique monétaire actuelle en procédant, notamment, à de nouvelles baisses des taux d’intérêt. Quant au gouvernement, il va poursuivre la relance budgétaire. Enfin, de grandes réformes structurelles, dont le but est de réduire les surcapacités de production qui prévalent dans certains secteurs, sont attendues ces prochains mois.

– Avez-vous des exemples?

– Ces réformes ont d’ailleurs déjà commencé. Il y a deux semaines, les autorités ont annoncé la fusion des deux plus grandes sociétés de transport maritime du pays. Une fois la fusion effectuée, elles pourront mieux gérer leur production puisqu’elles n’auront plus à se faire concurrence coûte que coûte. D’autres fusions se succéderont après les grandes réunions politiques prévues en octobre, dans les secteurs de la pharma, du ciment, etc.

– Tout le monde ne partage pas votre optimisme. Certains économistes pensent même qu’il n’y a plus de croissance en Chine…

– La plupart ne regardent pas les bons indicateurs. Ils s’intéressent à l’indice des directeurs d’achats dans l’industrie manufacturière, par exemple, qui est aujourd’hui sous la barre des 50 points [ndlr: ce qui indique une décroissance de l’activité manufacturière]. Or, s’ils observaient l’indice des directeurs d’achats dans les services, ils verraient que celui-ci s’est amélioré de manière significative. Il faut regarder l’économie chinoise dans son ensemble.

– La chute des prix des matières premières, dont la Chine est le principal consommateur, confirme toutefois un ralentissement de l’économie chinoise.

– Cette chute des prix est plutôt une bonne nouvelle du point de vue chinois. Le problème vient du fait que les pays exportateurs de matières premières ont misé sur une hausse continue de la demande chinoise et qu’ils n’ont, par conséquent, cessé d’augmenter leurs capacités de production ces dernières années.

– Quelle sera la croissance en Chine ces prochaines années?

– Si l’on regarde le marché du travail, on remarque que la Chine fait face à un manque de main-d’œuvre depuis 2010. Cela veut dire qu’elle n’a plus besoin de créer des emplois à tout prix comme c’était le cas par le passé, pour éviter les contestations sociales par exemple, mais qu’elle peut désormais se concentrer sur la qualité des emplois qu’elle crée.

– Vous tablez donc sur une croissance moins forte mais de meilleure qualité.

– Oui. Une croissance qui restera proche de 7% cette année.

– Et après?

– Même si elle baisse à 6% ce ne sera pas un problème. On a tendance à oublier à quel point la Chine a changé. Avec un PIB par habitant qui dépasse les 6000 dollars par année, les Chinois ne consomment plus seulement des biens de première nécessité. Après les voitures et l’électroménager, ils s’intéressent désormais aux produits financiers, au luxe et à tout ce qui est à haute valeur ajoutée. Prenez le commerce en ligne, il est aujourd’hui plus important en Chine qu’aux Etats-Unis. L’économie chinoise a été totalement restructurée ces dernières années et repose désormais, en partie, sur la consommation domestique. L’industrie des services est même probablement plus importante que l’industrie manufacturière aujourd’hui.

– Revenons-en aux marchés financiers. Ce qui s’est passé cet été n’est pas de nature à rassurer les investisseurs étrangers.

– Pourtant ils devraient s’y intéresser. Les valorisations des actions, surtout sur le marché «offshore» de Hongkong qui ne connaît pas le même désendettement («deleveraging») que les bourses de Shanghai ou Shenzhen, sont très intéressantes actuellement. La chute de cet été a créé beaucoup d’opportunités, d’autant que les investisseurs étrangers restent sous-investis sur le marché chinois. Ils en sont aux mêmes niveaux qu’en 2008 ou 2009.

– Certains observateurs considèrent que le marché chinois est totalement manipulé par les autorités. Qu’en pensez-vous?

– Il suffit de regarder à quel point les Chinois consomment pour voir que tout n’est pas manipulé. La dette des ménages ne représente aujourd’hui que 38% de leurs dépôts. Les Chinois sont peu endettés et ont de l’argent à dépenser.

– Quels sont vos secteurs préférés?

– Les entreprises actives dans les assurances vie ou dans la logistique. Mais aussi l’industrie des télécoms qui sera elle aussi concernée par des réformes. Et enfin le secteur industriel.

– Qu’en est-il du luxe et du secteur horloger, important pour les producteurs suisses?

– Il faut distinguer deux types de demandes: celle des utilisateurs finaux et celle destinée à la corruption. Or cette seconde demande a été très affectée par les mesures anti-corruption mises en place il y a deux ans. C’est pour cela que les prix ont tant baissé ces derniers mois. Cela étant dit, et même si les «cadeaux» pouvaient représenter un tiers de la demande totale, le pire est désormais passé. Et la demande «normale», elle, continue de progresser rapidement.