Avec un taux de croissance (estimé) de 4,4% en 2004, en progression de 0,6 point sur l'année précédente, l'Afrique n'est pas seulement le continent des guerres et du sida, mais aussi celui des opportunités, a rappelé Peter Brabeck vendredi dernier à Londres lors d'une conférence de la BBC, réunissant plusieurs centaines de personnalités, sur l'avenir du continent.

«Cessons d'être pessimistes sur l'Afrique. En prenant des engagements à long terme basés sur des principes d'affaires sains, il est possible de dégager des profits solides pour l'entreprise et, par ce processus, de créer du développement économique pour les populations locales», a déclaré le patron de Nestlé.

Présente en Afrique depuis la fin des années 1880, la multinationale y emploie actuellement 11 500 personnes (dont 130 non-Africains) dans 27 usines et fournit du travail indirectement à 50 000 autres parmi ses fournisseurs. Son chiffre d'affaires est passé de 2,1 milliards de francs à 2,4 milliards l'an dernier. Les aliments pour nourrissons ne représentent que 4% de ce total, souligne l'entreprise, qui avait été attaquée dans les années 70 pour ses pratiques commerciales à ce sujet. Depuis, elle se conforme au code de l'Organisation mondiale de la santé et se soumet de sa propre initiative à différents audits indépendants dont le dernier, mené par le bureau Veritas en Afrique du Sud, au Nigeria et au Mozambique, a conclu au respect des bonnes pratiques, hormis trois cas de violation.

Face à l'épidémie de sida qui touche 23 à 28 millions de personnes en Afrique sud-saharienne, Nestlé a introduit en Afrique du Sud et au Nigeria un programme de dépistage et de conseils confidentiels, assortis d'un traitement gratuit pour ses employés. L'entreprise s'est également engagée à ne pratiquer aucune discrimination liée à la maladie, pour briser le tabou du silence. Ce programme, en cours d'évaluation, devrait être étendu.

«Success stories»

Les efforts portent aussi sur la formation de base et continue. Un rapport spécial sur l'Afrique remis aux actionnaires en ce début de semaine raconte plusieurs «success stories», comme celle de Queen Zuma, engagée comme laborantine il y a quatorze ans et devenue directrice d'usine au Kenya. Dans l'unité sud-africaine de Babelegi, acquise en 1999, 6% de la masse salariale est consacrée à l'alphabétisation des employés, le taux ayant progressé de 15% en deux ans.

Deux analyses extérieures montrent que cet investissement porte des fruits. Selon un sondage de GlobeScan, 73% des consommateurs en Afrique du Sud, au Nigeria et au Ghana ont une image positive de Nestlé en termes de responsabilité sociale. Le professeur d'université nigérian Doyin Soyibo a établi que 70% des distributeurs nationaux travaillaient avec la compagnie depuis plus de dix ans.

Sur un plan plus général, Nestlé collabore à une cinquantaine de projets de développement dans le cadre des buts du Millenium fixés par l'ONU, par exemple une contribution de 700 000 dollars à un réseau d'adduction d'eau qui dessert 210 000 personnes dans l'est de l'Ethiopie.

Mais ces actions ne sont qu'une aide d'urgence. Outre l'investissement à long terme dans une activité économique locale, «les fermiers africains ont besoin de l'ouverture des marchés au Nord», rappelle Herbert Oberhänsli, responsable des affaires économiques internationales chez Nestlé. L'Afrique du Sud est actuellement le principal exportateur avec 20 milliards de dollars, devant l'Egypte et le Nigeria. L'autre impératif est de réduire la corruption administrative et de sécuriser les cadres juridiques nationaux.