«Ce n’est pas qu’un show des autorités françaises»

Le Temps: La justice française a lancé trois mandats d’arrêt contre des ex-dirigeants d’UBS. Quel sens faut-il y accorder?

Peter V. Kunz : Cela signifie un durcissement de l’attitude de la justice française dans ce dossier. Jusqu’ici, elle avait mis en place un contexte de menaces. Avec cette annonce, la situation pourrait devenir plus problématique pour UBS car la justice française cherche à obtenir de nouveaux témoignages d’anciens employés contre la banque.

– La France peut-elle vraiment faire arrêter ces ex-employés?

– Cela dépend de l’endroit où ils habitent et de leur nationalité. S’il s’agit de citoyens suisses qui habitent en Suisse, la France sait qu’elle n’obtiendra pas leur extradition. Néanmoins, les autorités françaises cherchent à obliger ces banquiers à venir témoigner en France, voire à obtenir leur extradition. Ce n’est pas qu’un simple show de la part de la France.

– Les trois banquiers n’ont pas répondu à une convocation. Que peut faire la France de plus? – Ne pas répondre à une convocation ne suffit pas en soi à exiger une extradition. Toutefois, si les autorités françaises reprochent à ces trois banquiers des faits concrets sur le plan pénal – comme de la fraude fiscale –, ces délits pourraient alors justifier que ces personnes soient livrées à la France. Mais cela doit être d’abord clarifié.

– Un accord à l’amiable entre UBS et la France est-il encore possible? UBS cherche le plus possible à négocier des accords avec les autorités judiciaires. En France, le gouvernement socialiste actuel a adopté une ligne dure. Il cherche à faire monter le prix de l’amende. Le fait qu’aucun accord n’ait été trouvé jusqu’ici tient plus à son attitude qu’à celle d’UBS.

– La caution de 1,1 milliard d’euros suffira-t-elle? Il est difficile de faire une estimation à ce sujet. Mais cela coûtera très cher à UBS pour se sortir de cette affaire.