Treize ans après son décès, le «petit Madoff suisse» continue à occuper les tribunaux. Une quarantaine de clients de ce gérant de fortune décédé fin 2007 réclament 12 millions de francs à Julius Baer, la banque qui accueillait les comptes de l’escroc présumé à Genève. La Cour de justice genevoise a récemment donné partiellement raison à ces clients, qui avaient été déboutés en première instance.

Des rendements de 10 à 20%, avec une garantie sur les capitaux investis. Sur cette promesse, le gérant de fortune indépendant AB* aurait détourné au moins 72 millions entre la fin des années 1990 et fin 2007, selon une enquête officielle de 2008. Il ne restait que 6,5 millions sur ses comptes au moment de son décès.

Chaîne de Ponzi

Le reste s’est évaporé entre de mauvais investissements, de nombreux retraits en liquide et des tours de passe-passe entre les comptes des clients. Les profits des uns étaient versés avec les dépôts des autres, dans une escroquerie appelée chaîne de Ponzi et rendue mondialement célèbre par Bernard Madoff (qui n’a rien à voir avec cette histoire).

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Les fonds des clients étaient déposés sur deux comptes contrôlés par le gérant indépendant, l’un en son nom, l’autre pour une de ses sociétés. Illégal, ce joyeux mélange rendait impossible de savoir qui possédait quoi et d’où venaient les capitaux. Ces soupçons de blanchiment et les mouvements sur ces comptes, nombreux et insolites, auraient dû conduire la banque à effectuer davantage de contrôles, conclut la Cour de justice. AB avait été condamné en 2001 à 6 mois de prison pour escroquerie et abus de confiance, dans une autre affaire. En février 2020, la Finma avait publié un rapport extrêmement critique sur les manquements de Julius Baer en matière de lutte contre le blanchiment entre 2009 et 2018.

Le dossier est renvoyé au Tribunal de première instance et la banque doit rembourser aux plaignants les 135 000 francs qu’ils ont avancés pour les frais de procédure – ce qu’elle n’a pas encore fait, selon nos informations.

Signal d’alarme en 2006

«La Cour de justice a pris en considération toutes les anomalies et les manquements de la banque dans cette affaire, déclare Cristobal Orjales, avocats des plaignants avec Etienne Soltermann. Les agissements de la banque ont été d’autant plus inacceptables qu’elle a été informée début 2006, par un juge d’instruction, que ce gérant était soupçonné de malversations. Elle a pourtant continué à faire affaire avec lui, sans bloquer ses comptes ni communiquer le cas à l’autorité de lutte contre le blanchiment. L’escroquerie a donc pu durer encore près de deux ans.» Contactée, la banque n’a pas souhaité faire de commentaires sur une affaire en cours. Selon nos informations, elle a fait recours au Tribunal fédéral.

*nom connu de la rédaction