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Le «petit Etat» suisse, un modèle dépassé?

Pour que sa réussite soit durable, la Suisse, frêle embarcation sur une mer européenne agitée, doit rester un modèle d’ouverture et de flexibilité, selon les 24 auteurs d’un livre événement. Une Suisse à la recherche du plus petit dénominateur commun?

George Orwell, dans son roman 1984, prévoyait la disparition de tous les petits Etats. Les classements d’innovation, de productivité, de revenu par habitant, prouvent à quel point il a eu tort. En Suisse, le salaire moyen est double de celui de ses quatre voisins.

La surperformance d’un petit Etat comme la Suisse n’est possible qu’à la suite d’un débat permanent et réaliste. Tel est précisément le but d’un ouvrage collectif Kleinstaat Schweiz – Auslauf- oder Erfolgsmodell? (Konrad Hummler, Franz Jaeger, 374 pages, NZZ Libro, 2017) dont le vernissage a réuni 170 invités, mercredi, à Zurich.

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Le livre évite les opinions extrêmes. «C’est un constat différencié», précise Konrad Hummler, président du laboratoire d’idées M1 et coéditeur de cet ouvrage qui réunit 24 auteurs étrangers et suisses, de Micheline Calmy-Rey à Gerhard Schwarz, l’ancien directeur d’Avenir Suisse, en passant par Hans-Werner Sinn, l’ancien directeur de l’institut Ifo, à Munich.

Un besoin de souveraineté et de flexibilité

«C’est un livre qui devrait apporter quelque chose à l’Europe, car la Suisse dispose d’une libre circulation et d’une monnaie unique qui fonctionne», n’hésite pas à lancer Reiner Eichenberger, professeur à l’Université de Fribourg.

Dans sa conclusion, Konrad Hummler affirme qu’il serait insensé que la Suisse «accorde davantage d’importance à l’acquis communautaire européen qu’à l’acquis helvétique, un modèle développé depuis des siècles». La Suisse surperforme, mais son avenir est incertain. Il sera affaire de volonté, écrit-il. Elle doit vouloir rester un petit Etat et conserver sa souveraineté, sans sacrifier au court terme ou à des intérêts particuliers.

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La Suisse peut offrir divers avantages à l’Union européenne, par exemple des services de médiateur ou ceux du contre-modèle, pour Gerhard Schwarz. La Suisse est, à son goût, une «frêle et petite embarcation sur les vagues agitées d’une mer européenne qu’elle ne peut pas influencer et auxquelles elle doit s’adapter». Une vision désillusionnée? Au contraire, «les canots de sauvetage peuvent être très utiles aux paquebots en difficulté», ajoute-t-il. Le sauvetage ne fonctionne toutefois «que s’il règne une symbiose entre les deux, et non pas s’ils sont enchaînés l’un à l’autre», observe-t-il.

Un avantage institutionnel

Franz Jaeger démontre de manière empirique la surperformance macroéconomique des petits Etats. La taille est ici un avantage institutionnel en vertu des processus de décision rapides et simples. Les petits Etats ont aussi besoin de souveraineté pour surperformer, selon Franz Jaeger. «Ils ne peuvent mettre en œuvre une politique de niches qu’à la condition de disposer de vastes espaces de souveraineté», selon l’économiste.

Face aux incertitudes géopolitiques, la Suisse doit se retrouver derrière «le plus petit dénominateur commun, celui qui ne blesserait aucun conseiller fédéral, aucun fonctionnaire, aucun juge», selon Konrad Hummler. Ces valeurs communes sur le rôle de l’Etat et du citoyen devraient être défendues «même en cas d’effondrement de l’Union européenne», précise-t-il.

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