Sa simple évocation rime avec mers du Sud, alizés, vahinés, et autres clichés de pacotille. Comme ceux des spots publicitaires pour un célèbre gel douche censé venir de... Tahiti. L'association n'est d'ailleurs pas fortuite. Le coprah sert, entre autres, à faire «mousser» le savon. Le rêve s'interrompt ici. Car des intérêts bien plus prosaïques sont à l'origine du renchérissement aussi récent qu'étrange connu par cette huile tropicale en début d'année.

Une bien étrange envolée

Apparemment, rien de plus normal. Tous les oléagineux ont connu une folle inflation. Reste que le prix du coprah s'est nettement détaché du peloton. A 1200 dollars la tonne début janvier sur le port de Rotterdam, son cours - qui suivait jusque-là celui de sa cousine l'huile de palmiste - est parti en vrille. 1400 dollars fin février. 1500 dollars en mars. Plus de 1800 dollars en juin. 50% de hausse en six mois. Du jamais-vu. Il faut remonter à la crise asiatique - l'Indonésie avait décrété un embargo sur le palmiste - pour retrouver une telle envolée.

Problème, les explications usuelles ne permettent guère d'y voir clair. Car, contrairement à d'autres oléagineux, il n'y a pas de pénurie sur le coprah. Pour l'instant, aucun typhon n'est venu coucher les cocotiers philippins, comme ce fut le cas en 2006, coûtant près du tiers de la production. Certes, l'archipel - qui, avec l'Indonésie, fournit les huit dixièmes des noix de coco - a décidé de transformer 1% de son coprah en biodiesel. Cela ne saurait suffire.

«Squeeze» aux Philippines!

Non, sur un marché aussi étroit, où il suffit d'un seul cargo pour fournir les 45000 tonnes dont l'Europe a besoin chaque mois, une telle frénésie ne peut qu'alimenter le soupçon. Celui d'un «squeeze». C'est-à-dire de l'étranglement du marché par des individus soucieux de faire monter artificiellement les prix. A leur plus grand profit.

Dans le milieu des oléagineux, deux grandes maisons de négoce internationales exerçant un quasi-monopole sur le chargement des cargaisons en partance des Philippines sont même pointées du doigt. Elles auraient voulu écarter un impétrant tentant de s'immiscer dans leur «business». «Normalement, les navires sont chargés soit le 1er, soit le 30 du mois; or, en mars, on s'est soudain entendu annoncer que le chargement d'un cargo de 80000 tonnes - soit deux mois de consommation - aurait 30 jours de retard, laissant soudain les acheteurs sans marchandise», s'emporte un négociant français. La ruée sur le moindre stock disponible a été d'autant plus frénétique que cette menace de pénurie arrivait entre avril et juin; au moment précis où les fabricants de crèmes glacées en ont le plus besoin. Sans compter que les fabricants de détergents ne détiennent plus guère de réserves, ayant pris l'habitude de stocker le produit dans son pays d'origine, pour des raisons de coût. Le squeeze, silencieux, n'en aurait été que plus aisé. Et le repli des cours connu ces dernières semaines se serait déjà chargé d'en effacer la moindre trace.