«Un billet de train, une salade et un paquet de cigarettes, s'il vous plaît!» Voilà ce que l'on pourra entendre sous peu en faisant la file aux guichets des gares. Afin d'éviter la fermeture de petites et moyennes stations, les CFF vont les transformer en centres commerciaux. Ce projet, dénommé «avec», sera mené en collaboration avec lMigros et Kiosque SA (derrière lequel se trouve le groupe Merkur). Les petites gares deviendront ainsi un espace ouvert 365 jours par année jusqu'à 20 heures où l'on pourra acheter, outre son billet de train, des produits alimentaires, des articles de kiosque, et même prendre un café.

A l'origine de ce nouveau concept, la volonté des CFF de maintenir du personnel dans les gares de moyenne importance. Nombre de petites stations desservant moins de 3000 habitants ont en effet été fermées au cours des dernières années, ne laissant sur place qu'un distributeur automatique de billets. «Cela nous fait mal de boucler un point de vente», lance Jean-Louis Scherz, porte-parole de la Régie. Car le personnel CFF ne fait pas que vendre des tickets, il offre également des arrangements touristiques et un service de change de monnaies et de devises étrangères. De plus, les gares assument souvent un rôle important pour ces localités en les reliant aux grandes agglomérations. Le projet «avec» devrait permettre de redonner vie à ces stations locales. Un premier essai pilote aura lieu en mars 1999 dans les gares bernoises de Schüpfen et de Brügg, et à partir de septembre 1999 dans celle de Mettmenstetten en région zurichoise. Si le projet rencontre du succès, il sera rapidement étendu à de nombreuses localités dans toute la Suisse.

La grande nouveauté de ce projet tient dans l'organisation de ces points de vente. Ils seront livrés «clé en main» et exploités sous franchise par des privés, de manière totalement indépendante. Ceux-ci s'acquitteront de la location des infrastructures et d'une redevance calculée sur le chiffre d'affaires. Dans un premier temps, c'est probablement le personnel des CFF, transformé en commerçant, qui jouera ce rôle. Qu'en pensent les employés des gares concernées? A Brügg, interrogé, un cheminot a précisé avoir vaguement entendu parler du projet, mais de ne pas en connaître les termes. A Mettmenstetten, le chef de gare n'en a qu'une idée limitée. «Il s'agit de quelque chose de totalement nouveau pour nous, et si certains ne sont pas très enthousiastes à l'idée de vendre des cigarettes, nous espérons pouvoir conserver les quatre emplois de la station, dont deux sont déjà menacés.»

Du côté de Migros, ce projet ouvre de nouvelles opportunités de distribution. Le géant orange compte toucher avant tout les travailleurs pendulaires, qui ont rarement le temps de faire leurs courses à la sortie du travail, mais aussi les promeneurs dans les lieux touristiques. Il pourrait à terme également utiliser les guichets «avec» comme point de distribution de marchandises commandées sur Internet.