La notion de stratégie semble avoir largement perdu de sa crédibilité et de sa superbe. Trop galvaudée, elle est devenue l’emballage somptueux des plus inconsistantes velléités tactiques; on invoque une stratégie pour choisir la marque du café que l’on servira à la cafétéria. Trop intellectualisée, elle se réduit souvent à une perspective absconse en butte avec une réalité à jamais indocile; telle la stratégie d’entreprise horizon 2050 présentée en roadshow aux collaborateurs qui concentrent déjà toute leur attention sur la partie réseautage de la manifestation, celle qui contient aussi les petits fours. Trop martiale, elle confère une allure de va-t-en-guerre ou de Machiavel à ceux qui ne se couvrent pas de ridicule en osant une métaphore de champs de bataille au beau milieu d’une réunion de travail.

Alors, trop violente, la stratégie? Trop cérébrale? Trop empanachée? Trop arrogante? Peut-être vaut-il la peine de l’aborder sous un angle différent, plus pragmatique, plus… féminin? Qu’est-ce, finalement, que la stratégie, à part la science ou l’art de combiner des actions dans un but défini? Alors, bien sûr, si le but est de gagner «sur» l’autre, les actions à combiner avec ruse iront toutes dans le sens de détruire l’autre, si l’on ne peut le soumettre ou, encore mieux, l’amener à consentir librement sa soumission, peut-être par duperie. En ce cas, la quintessence de la stratégie est facile à résumer: pour gagner «sur» l’autre, il faut disposer d’une maîtrise suffisante de tous les paramètres pertinents, en excluant toute idée de hasard, pour pouvoir contrôler son action.

En un mot, il faut se donner les moyens d’être sûr de la victoire au travers d’une analyse minutieuse de la réalité et de tous les scenarii possibles, ce qui est de plus en plus aléatoire dans un monde où les rapports de force sont imprévisibles. Alors que si le but est de «gagner avec», les actions à combiner sont d’une autre nature: coopérer, être à l’écoute, montrer de l’empathie, etc. En ce cas, la quintessence de la stratégie est tout aussi facile à résumer: pour gagner «avec» l’autre, il faut disposer d’une maîtrise suffisante de tous les paramètres pertinents, en excluant toute idée de hasard, pour pouvoir contrôler son action. En un mot, il faut se donner les moyens d’être sûr de la victoire au travers d’une analyse minutieuse de la réalité et de tous les scenarii possibles, ce qui reste toujours possible dans un monde où ce que l’on offre ne dépend que de soi. Concrètement, une telle pensée stratégique du «gagner avec» porte un nom tout simple, ni martial, ni arrogant, ni cérébral, ni violent: la bienveillance. Selon les dernières avancées scientifiques, cette forme de stratégie donne des résultats tout à fait intéressants. Et si on essayait, pour voir?