Les déboires de SAirGroup ébranlent «l'establishment» zurichois. Même si Eric Honegger, président sortant continue d'affirmer que «Swissair ne sera pas vendue, mais que des mesures de restructuration seront prises» dans les colonnes de la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), dont il est par ailleurs président du conseil d'administration, ne rassure personne. La démission en bloc du conseil d'administration de SAirGroup, à l'exception de Mario Corti, chef des finances de Nestlé, ternit l'image des chefs d'entreprise, des banquiers et des politiques ex-membres du conseil. Cela remet en cause en tout cas le cumul des mandats. Uniquement entre les deux conseils d'administration de SAirGroup et du Credit Suisse Group (CSG), on retrouve la radicale zurichoise Vreni Spoerry, Thomas Schmidheiny, directeur général d'Holderbank Finances et bien sûr, Lukas Mühlemann, patron du CSG. Ce dernier connaît bien la compagnie aérienne et pour cause. Il y a une dizaine d'années, lorsqu'il était encore consultant pour le compte de McKinsey, il a été chargé notamment d'établir trois scénarios pour sortir des difficultés la compagnie nationale. La vente de Swissair, déjà évoquée à l'époque, avait soulevé un tollé général dans la classe politique et auprès des citoyens. L'autre hypothèse, celle d'une grande alliance, n'avait pas non plus suscité l'enthousiasme. Restait celle choisie par la compagnie: la prise de participations dans des petites compagnies européennes, dans l'espoir d'arriver à une taille suffisante pour régater avec les puissants transporteurs européens. Dix ans après, c'est le fiasco. Selon le mensuel Bilanz, McKinsey aurait touché 100 millions d'honoraires pour les conseils prodigués pendant toutes ces années.

Aujourd'hui, qui remplacera les administrateurs sortants, qui auront la mission de sauver le groupe? Plusieurs noms ont été avancés dans la presse dominicale comme celui d'André Kudelski ou d'Armin Meyer, patron de Ciba Spécialités Chimiques. Autre prétendant potentiel: le financier zurichois Martin Ebner. Lors d'une présentation marketing à Pfäffikon, vendredi soir, (lire en page 25) il n'a certes pas voulu s'exprimer sur la débâcle de SAirGroup arguant qu'il n'était pas actionnaire. Désirerait-il en revanche le devenir un jour? «Il ne faut jamais dire jamais», a-t-il déclaré. Tout est possible, y compris qu'il brigue un mandat d'administrateur au sein du futur conseil d'administration.

Mais au-delà de la difficulté de trouver de nouveaux administrateurs, se pose aujourd'hui la responsabilité de ceux qui en sont sortis. A tel point que Hans-Jacob Heitz, avocat à Winterthour, entend créer une communauté pour protéger les petits actionnaires, dans l'optique d'éventuelles actions en responsabilités intentées contre les organes dirigeants du groupe aérien. Cette association veut établir si les actionnaires ont été suffisamment informés des risques encourus lors des prises de participations à l'étranger par le groupe. Mais les chances d'aboutir sont assez minces en Suisse. C'est lors de l'assemblée générale du 25 avril que les actionnaires voteront ou non la décharge des administrateurs sortant. On pourrait alors se retrouver dans la même situation qu'à l'assemblée générale de la Société Générale de Surveillance (SGS) en mai 1999, à l'issue de laquelle Elisabeth Salina Amorini, n'avait pas obtenu de décharge d'administratrice.

Clarté des comptes

Tout le monde attend le 2 avril pour en savoir plus sur les résultats du groupe. Là encore les critiques sont acerbes, notamment sur la clarté des comptes.

Lors de la conférence de presse de l'année dernière, Philippe Bruggisser, le patron d'alors, avait précisé qu'un milliard de francs inscrit au bilan provenait du surplus de la caisse de pension des employés de Swissair. Cela avait provoqué de fortes réactions auprès des gestionnaires des caisses de pension, des autorités de surveillance cantonales et de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) qui avaient crié à l'hérésie comptable. L'OFAS a publié, l'automne dernier, une directive pour clarifier l'utilisation des excédents des caisses de pension. Reste à savoir si le 2 avril prochain, SAirGroup aura retenu la leçon.