Les «nouveaux investisseurs» suisses qui se sont multipliés exponentiellement entre 1996 et 2000 étaient pour la plupart des salariés disposant de revenus modestes. Beaucoup d'entre eux se sont maintenant retirés de la Bourse. Ayant accédé à l'actionnariat lorsque les titres étaient (très) chers, ils se retrouvent plus démunis qu'auparavant. Les investisseurs américains réagissent différemment. Quand l'orage vient, les actionnaires font le gros dos, opèrent des transferts dans leurs portefeuilles, mais ne quittent pas la Bourse. Même s'ils ne disposent pas de revenus élevés. Cette «ténacité» des actionnaires se vérifie même dans la crise de confiance actuelle. Elle correspond à une autre perception de la vie, et notamment de l'économie de marché. L'Amérique majoritaire a conservé une culture de prise de risques, sait au fond d'elle-même que les crises périodiques sont inéluctables, mais a la conviction d'en sortir toujours victorieuse. La démocratisation de l'actionnariat a malheureusement gagné la Suisse sur la vague d'euphorie des années 1990, lorsqu'on allait jusqu'à croire que l'économie avait cessé d'être cyclique. Il faut espérer qu'elle fera quand même son chemin, au sortir de la crise. Et dans un contexte boursier moins malsain que celui des dernières années du XXe siècle.