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Ces petits pays émergents mieux armés à long terme

Décidément, la stabilité n’est guère de mise dans notre village global multipolaire marqué par la résurgence des nationalismes. Au plan géopolitique, l’été est à l’opposé de la météo en Suisse: chaud.

Ces petits pays émergents mieux armés à long terme

Décidément, la stabilité n’est guère de mise dans notre village global multipolaire marqué par la résurgence des nationalismes. Au plan géopolitique, l’été est à l’opposé de la météo en Suisse: chaud.

Libye, Irak, Israël, Ukraine, etc. D’anciens foyers de tensions se rallument, de nouveaux apparaissent. Ce réchauffement n’est pas saisonnier: nous assistons à une convergence entre risques géopolitiques et tendances macroéconomiques, un processus encore accéléré par les déséquilibres nés de la crise économique. Cependant, tous les pays ne sont pas concernés au même titre, les fondamentaux économiques de certains les rendant moins sensibles au risque de crise alors que d’autres sont plus exposés.

Si tout semblait relativement figé durant la Guerre froide, le fonctionnement de nombreuses sociétés est déstabilisé depuis la fin de cette dernière. Ainsi, au plan religieux, la chrétienté voit son centre se déplacer vers l’Asie et l’Afrique et les pratiques traditionnelles perdre des membres au profit de mouvements charismatiques. L’islam, quant à lui, voit des fondamentalistes gagner du terrain. Le facteur religieux influe sur la stabilité politique et sociale de nombreuses régions. Notamment, au Moyen-Orient, la Syrie, l’Irak ou le Yémen sont plongés dans une guerre civile, la stabilité de l’Egypte reste fragile tandis que les tensions sont vives entre Israéliens et Palestiniens.

Parallèlement, la montée des nationalismes, par exemple en Chine, en Russie ou au Japon, modifie les grands équilibres géopolitiques et stratégiques. Des pouvoirs émergents remettent en cause l’accès aux routes maritimes par la marine américaine. Les alliances traditionnelles sont fragilisées, permettant des rapprochements inédits. La Turquie, membre de l’OTAN, conclut des accords avec la Russie et commerce avec l’Iran malgré l’embargo de l’ONU; tout comme le font le Brésil et la Chine. Les troubles en Irak pourraient ouvrir la voie à une alliance entre la Turquie et l’Iran pour stabiliser la région. Même un rapprochement entre Téhéran et Washington devient concevable et, à terme, pourquoi pas un transit du gaz iranien vers l’Europe par le nord de l’Irak et la Turquie.

Les tendances macroéconomiques jouent un rôle et sont elles-mêmes influencées par ces frictions. Un exemple: sur fond d’explosion des dépenses militaires mondiales, l’industrie de l’armement est désormais un important pourvoyeur d’emplois et un contributeur à la croissance aux Etats-Unis, en Chine ou dans l’Union européenne.

Au plan monétaire, si de nombreux investisseurs ont les yeux rivés vers les politiques occidentales d’assouplissement quantitatif, des pays émergents connaissent une crise de liquidités sur fond de reflux de capitaux étrangers et de hausse de taux pour défendre leur devise. Dans les huit principales économies émergentes que sont la Russie, le Brésil, le Mexique, la Turquie, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, l’Inde et la Chine, la croissance annuelle de la masse monétaire est ainsi passée de plus de 30% en glissement annuel en 2010 à 3% en moyenne au printemps 2014. Ces pays sont soumis à de fortes contraintes économiques et leurs tentatives d’adopter de nouveaux modèles de croissance moins dépendants des exportations sont loin d’avoir réussi.

Certains pays émergents parviennent cependant à créer de la valeur pour leurs habitants. Ceux qui savent traduire la progression de leur produit national brut (PNB) en fortune nette par habitant devraient afficher une croissance plus durable, être moins exposés aux risques de tensions sociales. Le rapport entre ces deux mesures peut être appelé «ratio d’efficience macroéconomique». Par exemple, au Brésil et au Chili, les PNB par habitant ne sont pas très éloignés (8700 euros pour le premier et 10 300 euros pour le second), mais ces deux pays divergent en termes de fortune nette par habitant: 9500 euros pour le Chili (et un ratio de 1,2) contre 2900 euros pour le Brésil (ratio de 0,4).

Ce ratio d’efficience macroéconomique permet d’analyser des pays émergents selon une autre perspective que la taille de l’économie et le rythme de croissance. Les mieux placés ne sont pas forcément ceux qui affichent le meilleur PNB moyen par habitant. Ainsi, Taïwan se distingue par un patrimoine financier net par habitant relativement élevé (61 000 euros) alors que son PNB par tête (15 000 euros) est plutôt moyen. A l’inverse, les pays les moins bien classés selon ce ratio présentent aussi les plus forts potentiels de crises politiques et géopolitiques: Argentine, Russie, Afrique du Sud, Turquie ou Brésil. Cela illustre la dynamique des changements depuis la fin de la Guerre froide et l’accélération de la globalisation. Après avoir assisté à la montée en puissance des grandes économies émergentes, il vaut la peine de s’intéresser aujourd’hui à certains petits et moyens pays émergents, peut-être mieux armés à long terme face aux défis macroéconomiques et géopolitiques.

* Strategist Investment Manager BCV, Département Asset Management

L’efficience macroéconomique, une autre perspective que la taille de l’économie et le rythme de croissance