Quand le Royaume-Uni va quitter l’Union européenne, peut-être dans deux ans, ce sera un produit intérieur brut (PIB) comparable aux 20 plus petits pays européens qui quittera le projet européen. Cela montre à quel point l’Europe d’aujourd’hui est dominée par les grands pays.

C’est d’abord une question de taille. Sur les 28 nations de l’Europe actuelle, seuls cinq pays – l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne – ont une certaine masse critique internationale, au-dessus de 45 millions d’habitants. Puis viennent la Pologne (38 millions), la Roumanie (21 millions) et les Pays-Bas (17 millions). Tous les autres – soit 20 pays – ont moins de 10 millions d’habitants. La Suisse est comparable avec ses 8,3 millions d’habitants.

C’est aussi une question de puissance économique. Une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’Europe, ce déséquilibre sera encore plus accentué. L’Allemagne et la France, à elles seules, constitueront pour près de 45% du PIB européen. La tentation sera grande de créer un «duopole» France-Allemagne qui dirigerait l’Europe. Que faire face au poids combiné de la population et de la richesse qui peut paraître, pour certains, un passe-droit pour ignorer les plus petits?

Un parlement monocaméral

Dans chaque fédération, et l’Europe voudrait en être une, il y a toujours deux chambres au parlement. Une, la chambre basse, comprend des députés dont les sièges sont attribués sur la base de la population qu’ils représentent. L’autre, la chambre haute, donne un poids égal aux Etats constitutifs de la fédération. C’est ainsi que fonctionne la Suisse, Conseil national et Conseil des Etats, l’Allemagne, Bundestag et Bundesrat, et les Etats-Unis avec la Chambre des représentants et le Sénat.

Rien de cela en Europe: il n’y a qu’une seule chambre au Parlement qui, évidemment, est représentative de la taille des pays. Par contre, il n’y a pas de chambre haute qui attribuerait un poids égal à tous les Etats membres. Cette anomalie ne fait que renforcer le déséquilibre des pouvoirs en Europe qui est déjà sensible entre l’exécutif et le Parlement. Quand le Parlement européen avait été créé, j’avais demandé à un ancien président de la Commission pourquoi il n’y avait qu’une seule chambre. Il m’avait répondu: «J’ai déjà eu assez de problèmes pour faire admettre l’idée d’un Parlement, alors deux chambres…»

Différence de conception

Pour plusieurs grands pays européens qui avaient des empires coloniaux, l’Europe est souvent perçue comme un substitut pour compenser le déclin de leur puissance internationale. Mais pour les petits pays européens qui n’ont jamais eu de tels rêves de grandeur (à l’exception de la Belgique), l’Europe est plutôt ressentie comme un espace de liberté et d’avancement des valeurs démocratiques. Cette différence de conception avec les plus grands pays ne fait qu’aggraver la suspicion de la Suisse par rapport au projet européen.

En attendant que l’Europe se décide à créer une deuxième chambre au Parlement, ce qui risque de prendre un certain temps, il faudrait que les petits Etats européens s’associent dans une organisation qui pourrait coordonner une prise de position commune lors des grandes décisions européennes. Si ces petits pays pouvaient parler d’une seule voix, ils se feraient certainement mieux entendre à l’intérieur de l’Europe. De plus, dans ce cas, il serait possible de rapprocher de cette association d’autres petits pays qui ne sont pas membres de l’Europe mais qui sont intéressés à y être associés, comme la Norvège ou la Suisse. Pourquoi pas?


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