Le prix du Brent va-t-il encore grimper? Ce brut extrait au large de l'Ecosse, qui sert de référence mondiale pour les cours du pétrole et qui influence tant l'économie planétaire, se vendait lundi à 18 heures à 76,84 dollars le baril. Un tarif, jamais atteint depuis le mois d'octobre 2018, qui grimpe progressivement depuis le pic de la pandémie. En avril 2020, le baril de Brent s'échangeait à vingt dollars et le WTI, un autre brut de référence extrait aux Etats-Unis, était brièvement entré en territoire négatif, une première dans l'histoire du pétrole.

La formidable ascension du Brent (et du WTI, dont la courbe des prix est similaire) dépend largement d'un sommet virtuel de l'OPEP+, qui devait se tenir lundi mais qui a été reporté à une date inconnue. Cette organisation de 23 pays, qui réunit les treize pays de l'OPEP (l'Organisation des pays producteurs de pétrole) et dix autres nations productrices, représente les trois quarts du brut extrait dans le monde. Elle peut donc largement influencer les cours si ses membres parviennent à s'entendre.

Quota à 5,8 millions de barils par jour

En période de crise, les réunions de l'Opep+ visent à fixer une limite: pour juillet, elle s'élève à 5,8 millions de barils par jour (le monde en consomme actuellement près de cent millions au quotidien). La limite est répartie entre la plupart des membres de l'OPEP+, qui la déduisent ensuite de leur volume de production d'octobre 2018, une date choisie comme référence.

La semaine dernière, les pays de l'OPEP+ ne sont pas parvenus à s'entendre sur une réduction du quota à partir du mois d'août et ses membres s'étaient donnés rendez-vous lundi pour trouver un accord. Une proposition consiste à accroître chaque mois la production de 400 000 barils par jour entre août et décembre, ce qui remettrait sur le marché à la fin de l'année deux millions de barils au quotidien. Ce plan semble faire l'unanimité mais les discussions achoppent sur une extension de l'accord jusqu'à fin 2022.

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En avril 2020, l'Opep+ s'était engagée à retirer du marché 9,7 millions de barils par jour avant de les réintroduire progressivement d'ici à avril 2022. Cette échéance paraît désormais courte au rythme actuel de réouverture des vannes, d'où un étalement envisagé jusqu'à décembre 2022, une option qui inquiète Abou Dhabi. Les Emirats disent être prêts à prolonger l'accord à condition que leurs volumes de référence soient revus à la hausse.

Abou Dhabi estime que sa référence, de 3,17 millions de barils par jour, doit être revue à la hausse, à 3,8 millions de barils, car sa capacité de production s'est accrue. A titre de comparaison, l'Arabie saoudite et la Russie disposent chacun du même niveau de référence fixé à 11 millions de barils par jour.

Menées par l'Arabie Saoudite et la Russie, l'OPEP et l'OPEP+ comptent parmi leurs membres des pays disparates comme le Mexique, l'Azerbaïdjan, le Bahreïn ou le Soudan. Leur entente est mise à rude épreuve depuis que le coronavirus freine la demande à travers la planète. Tous n'ont pas forcément intérêt à fermer les robinets du pétrole.

Pic pétrolier dans dix ans, selon Vitol

En 2020, ces nations ont mis du temps à s'accorder avant de fixer un quota. L'Arabie Saoudite a poussé pour une réduction drastique de la production là où la Russie voyait d'un bon œil le pétrole couler à flot, notamment pour contrer les Etats-Unis, alors premiers producteurs de brut, qui ne font partie ni de l'OPEP ni de l'OPEP+. L'extraction de pétrole de schiste, qui domine outre-Atlantique, est onéreuse: si les prix sont bas, on arrête vite de forer aux Etats-Unis.

Désormais, c'est la reprise. Les échanges ont repris, depuis longtemps en Chine, mais aussi aux Etats-Unis et en Europe, et le globe a soif de brut. La demande en pétrole pourrait ne pas retrouver son niveau d’avant la pandémie et décliner, a envisagé le groupe BP en septembre 2020. Les analystes de Vitol, un négociant genevois, estiment plutôt que la demande en pétrole va s'accroître pendant une dizaine d'années avant qu'un pic ne soit atteint. Il faudra encore patienter, selon eux, une décennie supplémentaire avant que le déclin irrémédiable du brut, vers 2040, ne s'amorce vraiment.