«L'économie de l'Alberta va ralentir après quatre années de croissance très forte. Le marché de l'emploi, les dépenses de consommation et le marché de l'immobilier devraient diminuer pendant les deux prochaines années. Nous prévoyons que la croissance va tomber à 2% en 2008, puis à 1,3% en 2009», confie Robert Kavcic, économiste de la Bank of Montreal Capital Markets. En 2006, la croissance a été de 6,6% en Alberta, puis de 3,3% en 2007. A Fort Mc Murray, la Mecque pétrolière de cette province de l'Ouest, les employeurs se battaient il y a peu encore pour trouver de la main-d'œuvre.

En juillet, le baril a atteint 147 dollars. Les pionniers de cet eldorado glacial, où se situent les deuxièmes réserves d'or noir de la planète, ont multiplié les forages. Le pétrole des sables bitumineux coûte cependant cher à exploiter. «Certains projets qui nécessitent que le baril soit à 80 ou à 100 dollars ne sont plus rentables. Il reste qu'à long terme, l'Alberta est un endroit de la planète où les entreprises pétrolières peuvent disposer de matières premières qui sont à l'abri de l'insécurité et des turbulences politiques», note Robert Kavcic.

Révision à la baisse

Fin octobre, le baril ne cotait plus que 65 dollars. Les principaux groupes pétroliers canadiens ont annoncé une révision à la baisse de leurs investissements. Le géant Suncor Energy a ainsi déclaré qu'il réduirait d'un tiers ses dépenses d'investissement en 2009. Petro Canada et Nexen diminueront aussi l'importance de leurs projets en cours. Les profits et les investissements des pétrolières demeurent conséquents. Suncor a divulgué un bénéfice net de 815 millions de dollars au troisième trimestre 2008, contre 538 millions de dollars à la même période l'an dernier.

Dans une récente édition, le quotidien The Globe and Mail estimait que le secteur de la construction de l'Alberta pourrait perdre 10000 emplois dès l'an prochain. Les conséquences d'un ralentissement de la demande d'or noir pourraient être dramatiques pour une économie canadienne très dépendante des ressources naturelles. Dans une entrevue accordée récemment au quotidien The Calgary Herald, l'analyste du cabinet Genuity Capital Markets, Philip Skolnick, affirmait pessimiste: «Ce n'est que le début, particulièrement si le marché du crédit reste tel qu'il est et si les prix du pétrole ne remontent pas de manière significative.» Depuis plusieurs années, les groupes écologistes canadiens se plaignent des conséquences désastreuses de l'exploitation du pétrole des sables bitumineux sur l'environnement. Le premier ministre conservateur Stephen Harper doit son élection aux pétroliers de l'Alberta. Il a toujours refusé que le secteur énergétique canadien et l'Alberta soient soumis à des règles environnementales. La baisse des cours du pétrole n'a pas diminué l'ardeur des écologistes. «Ce que nous voyons est catastrophique, mais nous n'avons encore rien vu. C'est du développement sauvage, de la folie», a déclaré dimanche dernier au quotidien Winnipeg Sun Simon Dyer, directeur de la campagne «Sables bitumineux» de l'Institut Pembina, un groupe écologiste de Calgary. Un récent rapport du Centre Munk de l'Université de Toronto souligne que la construction de raffineries pour soutenir l'industrie des sables bitumineux contribuera inéluctablement à la pollution des Grands Lacs.