La menace d'une fermeture de leurs robinets par les treize pays ayant la haute main sur les deux cinquièmes du pétrole de la planète a marqué un temps d'arrêt dans le plongeon des cours du brut. A New York, le baril remontait au-dessus de la barre des 70 dollars à la veille du week-end. Jeudi, ce plancher - inférieur de plus de moitié aux records de 147 dollars de début juillet - avait été enfoncé, les cours touchant jusqu'à 68 dollars. Cette dégringolade plonge l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) dans l'émoi, faisant fondre ses revenus. Celle-ci a ainsi convoqué pour le 24 octobre une réunion d'urgence afin d'adapter ses approvisionnements à une planète dont les besoins ralentissent avec l'activité économique. Selon le ministre qatariote de l'Energie, Abdalah ben Hamad al-Attiyah, ces coupes de production pourraient toucher au moins un million de barils par jour. Gordon Brown, le premier ministre britannique, a jugé «absolument scandaleuse» la possibilité d'une telle décision, destinée à faire remonter les cours.

L'effet domino des options

La baisse des besoins mondiaux en hydrocarbures - ceux des Etats-Unis ont diminué de près de 10% en un an - n'est pas le seul facteur expliquant cet effondrement du pétrole. Les institutions intervenant sur les marchés énergétiques mondiaux en sont également à l'origine... de la même manière qu'elles avaient amplifié son envolée en début d'année.

Ces marchés sont actuellement engorgés par des contrats optionnels «put» - des assurances destinées à protéger leurs détenteurs contre la baisse du pétrole. Or, selon Olivier Jakob, responsable du bureau d'analyse Petromatrix, toute poursuite du plongeon des cours aurait conduit à l'exercice en masse de ces contrats, le 17 novembre prochain; ce qui se serait traduit ensuite par une avalanche de ventes de barils sur le marché. Un rôle d'amplificateur qui s'était déjà observé lorsque les cours étaient passés de 80 à 70 dollars. «La configuration technique du marché est telle que l'on aurait alors pu voir les cours baisser jusqu'à 50 dollars», estime Olivier Jakob. Pis, cette masse de contrats est telle qu'elle aurait pu conduire «à une vague de ventes de barils impossible à absorber par le marché, faisant planer l'ombre d'un risque systémique».

Cette spirale baissière nourrie par le jeu des options pourrait cependant être enrayée par une éventuelle décision de l'OPEP de réduire ses approvisionnements, vendredi prochain. Ceci soutiendrait un peu les cours... et diminuera la probabilité que toutes ces options soient exercées en masse. Rien n'indique cependant que cela fera remonter rapidement le pétrole vers les 80-90 dollars, la «zone de confort» pour l'OPEP.