Encore une journée de baisse. Encore un record. Le baril de pétrole a chuté jusqu’à 35,90 dollars à New York, vendredi. A Londres, le Brent a touché 38,55 dollars. Ces niveaux n’avaient pas été atteints depuis le début de l’année 2009, lorsque l’économie mondiale tombait en profonde récession. La dégringolade est telle que les cours du brut ont tiré les bourses mondiales dans le rouge vendredi.

Quelques jours après que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ait précipité le pétrole sous les 40 dollars, en décidant de maintenir son niveau de production actuel, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a jeté vendredi un nouveau coup de froid sur les prix de l’or noir.

Selon elle, la demande mondiale va croître de manière très modérée l’an prochain. «La consommation a atteint un pic au troisième trimestre et la croissance de la demande devrait ralentir, le soutien de la chute des prix commençant à disparaître», a-t-elle écrit dans son rapport mensuel. La demande devrait atteindre 94,6 millions de barils par jour (mbj) en 2015, en hausse de 1,8 mbj. En 2016, prévoit l’agence basée à Paris, les besoins augmenteront, mais à un rythme plus lent de 1,2 mbj, pour atteindre 95,8 mbj en 2016. «Les soutiens précédents, comme le rebond post-récession dans de nombreux pays européens et une très forte croissance aux Etats-Unis, commencent à céder», indique aussi l’AIE.

Sur le front de l’offre, le marché est toujours sous la pression des hauts niveaux de production des pays de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Selon l’AIE, elle devrait encore augmenter de 1,2 mbj l’an prochain, après une croissance de 1,6 mbj cette année.

Focalisé sur le court terme

Une prévision qui n’augure pas de remontée des cours dans les mois à venir. Le marché a tendance à ne voir que les mauvaises nouvelles, relativisent certains observateurs. Jasper Lawler, de CMC Markets, relève par exemple que l’OPEP prévoit une baisse de l’offre de pétrole des pays qui sont hors de l’organisation (les Etats-Unis, le Mexique ou la Chine…). «Couplée avec une hausse de la demande, cela devrait soutenir les prix», selon l’analyste, cité par l’AFP.

Mais il semble bien seul à tenir un discours positif. Cette semaine, un sondage de l’agence Bloomberg a montré que seuls cinq analystes sur trente s’attendaient à une remontée des cours. Le marché se concentre sur le court terme. En l’occurrence, sur le fait que l’OPEP, largement influencé par la voix de l’Arabie Saoudite, persiste à maintenir un niveau de production très élevé, malgré les prix bas, avec l’objectif assumé de préserver ses parts de marché. «Avec la levée des sanctions contre l’Iran et la hausse attendue des exportations dans un marché déjà saturé, il faut s’attendre à de nouveaux mois difficiles», résume l’analyste de Saxo Bank, Ole Hansen.

Le gaz en concurrence

Ses confrères de Barclays rappellent également que la Fed va remonter ses taux dans les mois à venir. La hausse probable du dollar qui s’en suivra viendra, elle aussi, peser sur les cours. La banque vient d’abaisser sa prévision et table sur un baril de Brent à 60 dollars l’an prochain. Le gouvernement russe, lui, s’attend à ce que les cours restent entre 40 et 60 dollars au cours des sept prochaines années. Notamment parce que la concurrence avec le gaz naturel s’intensifie.

De l’avis de Commerzbank, une seule question prévaut désormais: combien de temps le marché va-t-il rester excédentaire.