Les cours du pétrole ont évolué en dents de scie mardi. L’annonce, en matinée, d’un accord conclu entre l’Arabie saoudite et la Russie a d’abord fait bondir le cours du baril de Brent à plus de 35,5 dollars en première partie de journée. Ces pays – premier et deuxième producteurs de brut, avec chacun plus de 10 millions de barils extraits chaque jour – ont convenu mardi, au terme d’une réunion à Doha incluant aussi le Qatar (18ème producteur mondial) et le Venezuela (8ème position), de geler leur production au niveau atteint en janvier.

L’Iran, arbitre du marché

Le mouvement de rebond s’est toutefois rapidement essoufflé, au fur et à mesure que des spécialistes ont mis en doute l’impact réel de cet accord sur les niveaux actuels de production qui continuent d’excéder la demande du marché. «Il s’agit de l’annonce d’un gel de la production entre des pays dont celle-ci n’a pas même augmenté récemment. Si l’Iran et l’Iraq ne font pas partie de l’accord, il ne vaut pas grand-chose», a relativisé Eugen Weinberg, responsable de la recherche en matières premières chez Commerzbank, cité par l’agence Bloomberg.

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De fait, la réaction de l’Iran ne s’est pas fait attendre. En début d’après-midi, le ministre iranien du pétrole a précisé que le pays n’entendait pas réduire sa production pétrolière. Et cela, même si Bijan Zanganeh a ajouté «être prêt à la discussion». Dans la foulée, le cours du baril de brent a rechuté à un peu plus de 32 dollars.

Un premier pas vers d’autres actions plus importantes

D’autres experts ont relativisé l’impact de cet accord. «Pour faire remonter les prix, les marchés n’ont pas besoin d’un gel, il leur faut une baisse, et une baisse significative», a souligné Francis Perrin, président de Stratégies et politiques énergétiques, cité par l’AFP. Malgré tout, l’annonce de mardi matin peut augurer d’autres actions plus importantes dans les mois qui viennent – les ministres des pays membres de l’Opep se réunissent en juin prochain – qui, elles, pourraient, avoir un impact réel sur le marché, a poursuivi le même expert. «Un gel de la production ne va pas entraîner un changement immédiat de direction du marché mais cela peut jeter les bases pour une remontée des prix en deuxième moitié d’année», indiquait de son côté Olivier Jakob, directeur de la société de conseil Petromatrix à Zoug.

Retour à plus de 50 dollars attendu

C’est aussi le scénario envisagé par Deutsche Bank Asset Management qui anticipe, certes, un cours d’environ 40 dollars le baril en 2016 en moyenne. Si les prix devraient se maintenir en dessous de ce seuil en première moitié d’année, ils pourraient remonter à plus de 50 dollars d’ici à la fin de l’année, prévoit le gérant d’actifs allemand dans une étude publiée lundi.

L’accord annoncé mercredi signale dans tous les cas un changement de ton de la part de l’Arabie saoudite. En décembre, les Saoudiens s’étaient refusés à tout accord concernant un plafonnement de leur production, notamment pour ne pas faire le jeu des Iraniens qui profiteraient aussi d’une hausse des prix du pétrole suite à la levée des restrictions internationales. Cela signale aussi que la baisse des cours – de l’ordre de 70% par rapport aux niveaux de 2014 – devient peut-être difficile à supporter même pour les Saoudiens qui ont les coûts d’extraction les plus bas.

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Il ne faut pas non plus perdre de vue le rôle joué par les Etats-Unis, numéro trois du marché avec un peu plus de 9 millions de barils par jour, selon un classement publié sur le site de Bloomberg.

Les producteurs américains résistent mieux que prévu

Aux yeux de Deutsche Bank AM, les producteurs de pétrole de schiste aux Etats-Unis ont certes déjà abaissé leurs investissements situé à quelque 100 milliards de dollars en 2014 à seulement 60 milliards l’an dernier. Toutefois, la baisse des cours observée l’an dernier ne les a pas tous poussé au bord de la faillite.

Jusqu’ici, on supposait qu’il fallait des cours situés entre 60 et 90 dollars le baril pour rentabiliser de nouveaux projets. Désormais, l’exploitation de certains sites, comme celui de Bakken (Dakota du Nord), reste jugée rentable également avec un niveau de 50 dollars le baril. Il existe même certains sites pour lesquels le seuil de rentabilité est atteint à un prix de moins de 40 dollars, met en perspective la banque allemande dans son étude.