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Peur sur les marchés actions

Des raisons plus sérieuses que les tweets de Donald Trump menacent les bourses, par exemple la troisième baisse consécutive des bénéfices des entreprises américaines et le risque de récession en Europe

Après un bon mois de septembre, marqué par des gains de 2% pour les actions suisses et américaines, la nervosité est de retour au sein des bourses. «Il est vrai qu’au cours des cent dernières années, les deux premières semaines de ce mois sont en moyenne négatives», note Cédric Spahr, stratégiste auprès de J. Safra Sarasin.

Les craintes de la semaine dernière étaient de nature plus économique que politique, mais à un an de la présidentielle, les marchés ne sont pas insensibles aux sondages. Ceux-ci font toutefois craindre un duel entre la démocrate Elizabeth Warren, plus à gauche que Joe Biden, et Donald Trump. Cette perspective pénalise la cote.

Détérioration même aux Etats-Unis

Les mauvaises nouvelles conjoncturelles se sont accumulées, d’abord à cause de la baisse de l’indice ISM manufacturier, un indicateur avancé des perspectives industrielles qui prévoit une contraction, puis jeudi un affaiblissement de l’indicateur ISM pour les services. Vendredi, les chiffres de l'emploi ont toutefois été rassurants, avec un taux de chômage au plus bas depuis 1969 (3,5%) et des créations d'emplois proches des attentes.

L’année 2019 restera comme «le début de la fin de la plus vaste expérience monétaire jamais tentée, comme l’année qui a débouché sur une récession mondiale en dépit des taux nominaux et réels les plus faibles jamais observés», juge Steen Jakobsen, chef économiste de Saxo Bank, connu pour ses prévisions «outrageuses».

Au sein des bourses elles-mêmes, le passage de plusieurs indices américains (Dow Jones, S&P, Nasdaq) en dessous de la moyenne mobile des 100 jours suggère une tendance baissière à court terme. Enfin, la prévision par Bank of America, d’un indice S&P 500 qui finirait l’année au même niveau qu’actuellement, n’a rien arrangé.

«L’investisseur devrait distinguer entre les rumeurs, les tendances techniques à court terme et les tendances de fond», suggère Cédric Spahr, de J. Safra Sarasin. Les entreprises n’ont par exemple pas le droit d’effectuer des rachats d’actions durant les deux semaines qui précèdent les résultats. Cela diminue artificiellement la demande de titres, indique-t-il. Le passage d’indices en dessous de certaines moyennes mobiles amène aussi divers hedge funds quantitatifs à vendre une partie de leurs avoirs.

Le soutien des banques centrales

Pour les prochains mois, les principaux critères dont dépendent les actions sont surtout les taux d’intérêt, la tendance des bénéfices des entreprises et les flux de capitaux. Sur les taux d’intérêt américains, la prévision d’une nouvelle baisse des taux de la Fed en octobre devrait soutenir les cours.

La tendance des bénéfices appartient aux facteurs négatifs. Les premiers résultats trimestriels des entreprises américaines sont attendus à partir du 15 octobre. Or les bénéfices devraient s’inscrire en baisse pour le troisième trimestre consécutif, en l’occurrence de 3,8%. Ce serait une première depuis quatre ans, selon Mirabaud Securities. Par ailleurs, à cause des valeurs technologiques et de la consommation discrétionnaire, un nombre exceptionnel d’entreprises (82) ont réduit leurs estimations bénéficiaires.

En bourse, il est toujours utile d’observer l’évolution des flux de capitaux. Le rôle des banques centrales, par la taille de leur bilan, joue un rôle majeur. «L’évolution des actions mondiales suit de très près la variation des bilans des trois plus grandes banques centrales (Fed, BCE, Japon) ces dernières années», constate Cédric Spahr. Les avoirs des instituts monétaires ont été en baisse récemment. Mais la Fed s’apprête à injecter davantage de liquidités. Elle réinvestit ses titres liés aux hypothèques arrivés à échéance en bons du Trésor, un mouvement qui correspond habituellement à un facteur positif pour les actions.

Un support technique

Les actions pourraient baisser jusqu’à 2700-2800 points sur l’indice S&P 500. «Ce serait une opportunité d’achat car nous anticipons une amélioration de la conjoncture en fin d’année», indique Cédric Spahr. La conjoncture chinoise se stabilise. L’industrie américaine souffre, mais ne représente pas plus de 15% du PIB américain. Et les flux de capitaux sont favorables. Le stratégiste n’accorde pas trop d’importance aux informations sur le conflit commercial. «En septembre, les marchés ont réagi de façon excessivement positive à l’annonce d’une reprise du dialogue. Une correction n’est donc pas surprenante», selon J. Safra Sarasin.

La valorisation des grandes sociétés suisses est appropriée, mais les actions des sociétés de taille moyenne (indice SMIM) sont relativement chères. Cela dit, leurs perspectives sont favorables, surtout si la conjoncture asiatique envoie des signaux positifs. Cédric Spahr recommande un retour graduel sur les titres cycliques durant la phase de correction.

«L’attitude réservée des investisseurs incite à l’optimisme», déclare Mike Suter, stratégiste en actions auprès de Credit Suisse. La grande banque a augmenté la pondération des actions il y a un mois et appuie son relatif optimisme à court terme sur le soutien des banques centrales, l’attente d’une croissance positive des bénéfices l’an prochain et d’une prime de risque attrayante pour les actions.

Mike Suter recommande le marché américain, notamment la technologie et la finance, et se veut plus prudent à l’égard des actions suisses. D’ici à 3 à 6 mois, l’indice MSCI Monde pourrait gagner 5%, déclare-t-il.

«En ce moment, les considérations politiques, en particulier le conflit commercial, l’emportent sur les aspects économiques», note Mike Suter.

UBS plus négative que les autres

Une stratégiste prend le contre-pied d’une opinion généralement optimiste à moyen terme. Pour des raisons économiques, «les marchés européens devraient baisser de 3 à 4% ces six prochains mois et les Etats-Unis être assez stables», déclare Claudia Panseri, stratégiste en actions auprès d’UBS. La grande banque, l’une des rares à anticiper un repli, sous-pondère «légèrement» les actions. Elle s’attend à une décroissance des profits aux Etats-Unis et à une croissance négative des bénéfices en zone euro en 2019 et en 2020. UBS juge que les marchés, qui anticipent une hausse des bénéfices de 10%, sont trop optimistes. Elle n’attend qu’une hausse de 5% des bénéfices américains.

Le marché américain sera privilégié parce que la Fed, au contraire de la BCE, dispose d’une marge de manœuvre pour soutenir l’économie. Les actions défensives, comme la consommation de base et les services aux collectivités (utilities), ont les faveurs de Claudia Panseri.

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