Selon un courtier genevois , les banques visées par l’enquête ont pu se mettre d’accord pour fixer un taux, grâce auquel elles se prêtent de l’argent ou se refinancent, inférieur à celui du marché. Elles ont ainsi pu empocher au passage la différence entre le «vrai» taux et celui qu’elles fixaient aux intermédiaires ou aux clients. Une pratique toutefois très difficile à mettre en place et qui nécessite une coordination à large échelle. «Presque inimaginable vu le nombre d’intervenants et la liquidité de ce marché», selon notre interlocuteur. La Comco parle sobrement «d’une distorsion […] en faveur de ces établissements».

Simple appât du gain donc? Un autre courtier brandit une autre hypothèse: «Les banques les plus fragiles, surtout lors de la crise de 2008, auraient caché les taux réels auxquels elles empruntaient pour ne pas inquiéter les marchés sur leur capacité à accéder aux liquidités.» Le maintien du Libor à un certain niveau ne serait donc pas un but en soi, mais une conséquence de la volonté de certaines banques de rassurer sur leur solidité. Il faut rappeler qu’à l’époque la plus grande défiance régnait entre elles, renforcée encore par la faillite de Lehman Brothers. Un banquier genevois abonde dans ce sens. «Le Libor ne voulait plus rien dire à ce moment-là. Il avait perdu tout son sens. C’était le chaos.»