Pour Pfizer, la perspective de s’emparer d’AstraZeneca s’envole

Pharmaceutique La troisième offre, à 117 milliards de dollars, a été rejetée par la société britannique

Son action a chuté

Pfizer a joué le tout pour le tout, jusqu’au bout. En vain, pour l’heure. Le feuilleton du rachat d’AsztraZeneca par le géant américain a en effet rebondi une troisième fois lundi, peut-être de manière définitive cette fois-ci, de l’avis des analystes. Le groupe pharmaceutique britannique a rejeté la nouvelle proposition, estimant qu’elle sous-évaluait toujours et encore l’entreprise malgré un prix final de 117 milliards de dollars. C’est la troisième offre de suite que le groupe refuse, après avoir décliné des propositions à 99 milliards de dollars, puis 106 milliards ces derniers mois et semaines. «Visiblement, les dirigeants d’AstraZeneca veulent rester indépendants», a expliqué Jérôme Schupp, responsable de la recherche à la banque Syz & Co.

«Nous avons rejeté la proposition de Pfizer parce qu’elle est inadéquate et aurait représenté des risques significatifs pour les actionnaires, tout en ayant de graves conséquences pour l’entreprise, nos employés […]», a estimé le président du conseil d’administration d’AstraZeneca, Leif Johansson. Il a toutefois encore laissé la porte quelque peu entrouverte, même si du côté de Pfizer on indiquait qu’il s’agissait de l’enchère finale. AstraZeneca a ainsi affirmé qu’elle serait disposée à se vendre si le groupe américain formulait une proposition de 10% supérieure.

Mais l’hypothèse d’une nouvelle surenchère paraît mince. «Le marché a l’air de penser que Pfizer va jeter l’éponge», d’après Jérôme Schupp. De fait, le titre du groupe britannique a dégringolé lundi (cf. graphique). «Il y a encore une possibilité pour que les actionnaires d’AstraZeneca mettent la pression sur la direction et essaient de pousser à un compromis, mais, à l’inverse, les chances pour qu’un accord ne soit finalement pas trouvé ont augmenté», a déclaré Savvas Neophytou, analyste chez Panmure Gordon & Co. à Londres, cité par Bloomberg. «Si Pfizer dit que c’est l’offre finale, je dois croire ce qu’il dit», a estimé quant à lui Leif Johansson sur BBC Radio 4. La proposition de Pfizer expire lundi prochain.

Au-delà du seul prix, ce sont surtout les motivations du fabricant du Viagra qui ont été vertement critiquées. «L’approche de Pfizer semble n’avoir été fondamentalement motivée que par les bénéfices financiers pour ses actionnaires au travers de l’optimisation fiscale et des économies potentielles», selon AstraZeneca. Ce que les analystes confirment. Pour Odile Rundquist, d’Helvea, l’intérêt d’acquérir la société britannique était de profiter d’une imposition plus favorable, en déménageant le siège de la société au Royaume-Uni. Pour Pfizer, le taux serait passé de 27,4% actuellement aux Etats-Unis à moins de 21%. Ce transfert est connu sous le nom de tax inversion , dans la terminologie anglo-saxonne. Dans une note à ses clients, Credit Suisse rappelle que la législation américaine exige toutefois que l’acquéreur détienne au moins 20% de sa cible pour concrétiser un déménagement dans une autre juridiction. Parmi les autres arguments plaidant pour un rapprochement, Helvea mentionne des synergies de l’ordre de 3 à 4 milliards de dollars. De plus, il permettrait à Pfizer de s’emparer d’un portefeuille prometteur de molécules de produits oncologiques en devenir, mais toujours risqué.

Pfizer, confronté à l’expiration de son exclusivité sur une série de médicaments phares, est un peu au pied du mur, de l’avis des spécialistes. «C’est donc une fusion ­défensive basée sur des considérations de baisse de coûts en priorité. AstraZeneca elle-même n’était pas la société pharmaceutique la plus intéressante en Europe en termes de vente et de pipeline avec une baisse attendue de ses résultats pour ces trois prochaines années», a conclu Jérôme Schupp, de Syz & Co.

«C’est une fusion défensive basée sur des considérations de baisse de coûts en priorité»