Quel sera le salaire moyen en 2006 dans la chimie, l'industrie pharmaceutique, et dans le secteur des machines? Qui aura gain de cause? Les syndicats, qui ont mis leurs revendications générales sur la table jeudi à Berne, ou les patrons, dans leurs petits souliers lorsqu'ils devront refuser à d'autres les généreuses augmentations de salaire qu'ils ont obtenues ces dernières années?

Impossible de le savoir aujourd'hui. Mais le ton des négociations, qui s'étaleront, entreprise par entreprise, d'août à novembre 2005, est à la grogne. «Il est inadmissible qu'un patron ait encaissé des hausses de salaire, soi-disant au mérite, alors que l'entreprise va mal en partie à cause de lui. Les rumeurs de rachat se sont amplifiées. Dans ces conditions, il aurait presque avantage à ce que cela tourne mal pour toucher le montant de sa clause salariale parachute.» La virulence désabusée de ce responsable syndical à propos d'une entreprise chimique suisse donne une petite idée du climat de négociation.

Hans Furer, directeur du syndicat de la chimie VSAC, demande une augmentation générale des salaires de 4% en 2006 dans l'industrie pharmaceutique. «Cela peut paraître provocateur, mais ce n'est pas indécent au regard de la hausse de 6,5% des rémunérations de la direction de Novartis en 2004.» Selon l'institut bâlois d'études conjoncturelles (BAK), la valeur ajoutée du secteur chimique et pharmaceutique progressera de 3,6% en 2005 et de 4% en 2006. La branche connaîtra une croissance nettement supérieure à la moyenne suisse.

Les syndicats modulent cependant leurs revendications selon les spécificités des entreprises et de leur environnement concurrentiel plus ou moins difficile. La revendication moyenne de 4% pour l'industrie pharmaceutique tombe à 3% pour la chimie, avec une part de 1,5% sous forme d'augmentation générale. Le syndicat déplore l'extension de la méthode américaine du salaire au mérite, qui facilite les licenciements et lie l'octroi d'une augmentation aux résultats de l'entreprise. Cette tendance est aussi sensible dans l'industrie des machines. En l'an 2000, seul un tiers des employés du secteur touchait une part de son salaire calculée selon les prestations. En 2003, la moitié des collaborateurs étaient soumis à ce régime.

La branche des machines a régressé de 1% en moyenne annuelle entre 2000 et 2004. «Mais elle s'est redressée l'an dernier», corrige Christoph Koellreuter, directeur du BAK. En 2005, l'institut prévoit une progression de 1,9%, puis de 1,8% en 2006. Dans ces conditions, la revendication du syndicat des machines, d'une hausse salariale réelle de 1,5% dont devrait profiter en priorité la classe moyenne, lui semble raisonnable.