Santé

Le pharmacien en ligne Zur Rose entre en bourse pour se diversifier

Le groupe d’e-commerce basé en Thurgovie veut ouvrir son capital pour financer des acquisitions. En Suisse, le marché des officines est saturé

L’entrée en bourse du pharmacien Zur Rose est imminente. Prévue officiellement pour «cette année, si les conditions sont appropriées», selon les termes de son directeur et fondateur Walter Oberhänsli, l’ouverture du capital pourrait être annoncée dès ce jeudi pour le mois de juillet, avance la SonntagsZeitung dans sa dernière édition.

Lundi, les actionnaires de ce groupe spécialisé dans la vente en ligne de médicaments étaient réunis en assemblée générale extraordinaire, à Zurich, pour approuver l’augmentation de capital et réviser les statuts en vue d’une cotation sur la bourse suisse.

De la Thurgovie à Berlin

Fondé à Steckborn (TG) en 1993, Zur Rose était à l’origine un grossiste pour médecins, dans les cantons de Suisse orientale où ils peuvent eux-mêmes vendre leurs médicaments, avant de se spécialiser dans la vente par correspondance. Présent en Suisse, en Autriche et en Allemagne, le groupe se revendique «leader du marché européen» avec 879,5 millions de francs de chiffre d’affaires en 2016, en recul de 12,8 millions par rapport à l’année précédente.

Zur Rose a été contraint de se repositionner lorsqu’un arrêt du Tribunal fédéral, daté de septembre 2015, a mis fin au flou juridique en interdisant de facto en Suisse la vente à distance de médicaments non soumis à ordonnance. Pour Christophe Bornand, ancien directeur des pharmacies Amavita, qui appartiennent au concurrent Galenica, la «position de franc-tireur de Zur Rose» sur le marché des ventes par correspondance «ne lui permet pas de tourner en Suisse», principalement en raison du cadre légal et de la taille du marché.

Marché saturé par 1750 pharmacies

Zur Rose investit maintenant dans des surfaces physiques. En 2016, le groupe a ouvert sa première officine en gare de Berne, qui permet de retirer les médicaments commandés en ligne. Et le 6 juillet sera inauguré le premier «shop-in-shop» de Zur Rose dans la filiale Migros de la Marktgasse à Berne. Un concept de mini-pharmacie (30 ou 50 mètres carrés), où le stockage et la distribution des produits sont entièrement automatisés, que Zur Rose espère bien étendre en Suisse.

Christophe Bornand y voit surtout un «effet d’annonce» dans un secteur saturé: «S’ils débarquent avec un nouveau concept, il y aura peut-être de la place sur le marché. Si c’est pour lancer une nouvelle chaîne, je dirais qu’ils ont dix ans de retard.» Migros reste de son côté prudente quant à la suite de la collaboration. «L’expérience bernoise nous permettra de nous déterminer sur la suite des événements», explique un porte-parole.

Pour Christophe Bornand, le pharmacien en ligne, s’il veut survivre, est «condamné à verticaliser et à atteindre la masse critique de 100 pharmacies.» Or, en aval, il ne reste que peu de pharmacies indépendantes à acheter. Sur les 1750 officines du pays, quelque 500 appartiennent à des chaînes et 500 à des regroupements avec une grande majorité de franchisés. Le solde: des indépendants établis dans des régions rurales ou ultra-spécialisés.

Côté détaillants, Coop dispose à travers son partenariat avec le groupe concurrent Galenica Santé, entré en bourse en avril dernier, d’un réseau de 70 succursales, Coop Vitality. Ne reste donc plus que Migros. La coopérative entrera-t-elle au capital de Zur Rose? «Par principe, nous ne nous exprimons pas sur nos éventuels engagements financiers», répond son service de presse.

Des fonds levés pour le marché international

Mais les ambitions de Zur Rose vont au-delà de la Suisse. Les 230 millions de francs qu’espère réunir le groupe grâce à son entrée en bourse devraient lui permettre d’«étendre son leadership sur le marché allemand» et de financer, à travers des acquisitions, son «expansion internationale sur ses marchés existants et futurs», a expliqué Walter Oberhänsli à la SonntagsZeitung.

Du côté de la faîtière PharmaSuisse, on ne voit pas cette évolution d’un bon œil. «C’est la stratégie de ceux qui veulent vendre toujours plus de boîtes, dénonce son secrétaire général, Marcel Mesnil. Ce n’est pas une baisse de 10% sur le prix des médicaments qui fera baisser les coûts de la santé, mais une meilleure collaboration entre médecins et pharmaciens. Avec le modèle Zur Rose, c’est le contraire qui se produira.»

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