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A Schweizerhalle, Novartis a investi 70 millions dans l’ARN

Pour installer sa toute nouvelle unité de production de pointe de traitements basés sur l’ARN, Novartis a privilégié la Suisse. Un choix qui s’explique par la complexité des opérations de synthèse et la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée

Les deux lignes de production installées à Schweizerhalle doivent permettre de produire le Leqvio.  — © Novartis
Les deux lignes de production installées à Schweizerhalle doivent permettre de produire le Leqvio. — © Novartis

C’est entre le Rhin et des dizaines de voies de chemin de fer, à Schweizerhalle (BL), que Novartis a choisi d’installer sa nouvelle unité de production ultramoderne. Celle-ci doit permettre la fabrication de ce que le laboratoire bâlois présente comme «l’une des classes de médicaments les plus complexes»: des traitements à base de petits ARN interférents (pARNi). Elle a été inaugurée ce lundi en présence du conseiller fédéral Guy Parmelin.

Au milieu des bâtiments de BASF, de Bayer et de Clariant se dresse le complexe qui abrite les deux lignes de production flambant neuves s’étalant sur trois étages. Douze kilomètres de conduites en tout genre installées en «moins de deux ans», souligne Steffen Lang, directeur des opérations chez Novartis, au prix de 70 millions de francs d’investissement.

Pour l’œil non averti, l’unité de fabrication n’apparaît que comme un vaste enchevêtrement métallique bleu et acier immaculé. Rien ne la distingue d’un autre laboratoire, mais cette succession de cuves, de tuyaux, de jauges et de moniteurs doit permettre à Novartis de produire le Leqvio, un de ses derniers traitements de pointe, utilisé pour les patients souffrant d’un taux de cholestérol élevé. Le laboratoire a signé un accord de licence avec la société américaine Alnylam pour développer, fabriquer et commercialiser le médicament.

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Des pARNi plutôt que de l’ARNm

Avec la pandémie, l’ARN a été sous le feu des projecteurs, mais les recherches pharmaceutiques concernant cet acide   ribonucléique proche de l’ADN s’étendent bien au-delà du covid. Après avoir un temps laissé tomber cette voie, Novartis a entrepris de s’y réintéresser en 2019, sous l’impulsion de son patron actuel, Vasant Narasimhan. Mais à Schweizerhalle, le géant bâlois a décidé de se concentrer sur une autre forme que l’ARN messager (ARNm) utilisé dans les vaccins contre le covid de Moderna et Pfizer/BioNTech: les pARNi.

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Ces petits ARN interférents sont capables d’empêcher l’encodage de protéines par un gène. Le Leqvio permet de lutter contre l’hypercholestérolémie grâce à un pARNi de synthèse qui bloque la production de la protéine PCSK9 qui chez certaines personnes peut participer à un taux de cholestérol trop élevé, menant lui-même à de potentielles maladies cardiovasculaires.

Contrairement à l’ARNm des vaccins covid, le traitement de Novartis n’est pas produit biologiquement mais synthétisé chimiquement. Et cette opération requiert 170 étapes de fabrication, contre une dizaine environ pour l’aspirine. La présence d’une main-d’œuvre déjà très qualifiée est une des raisons du choix de Schweizerhalle parmi la cinquantaine d’autres sites du groupe. Les quelque 200 personnes qui y sont employées produisaient déjà 2 tonnes de principes actifs pour 15 molécules différentes. «Avec quatre-vingts ans d’histoire dans la production et sa proximité avec le Campus Novartis à Bâle, nous avions une forte légitimité», ajoute Michael Wessels, directeur de l’usine.

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Un site stratégique

Après avoir annoncé la suppression de 1400 postes en Suisse l’an dernier, le géant bâlois entend faire de cette nouvelle unité de production le symbole de son engagement dans le pays. La production du Leqvio, lorsqu’elle débutera, ne donnera pas lieu à de nouvelles embauches mais Steffen Lang a indiqué que Novartis prévoyait à l’avenir d’agrandir ce site, considéré comme stratégique, sans donner plus de détails.

Pour Jürg Granwehr, responsable pharma et droit chez Scienceindustries, la faîtière du secteur, cette installation est une bonne nouvelle: «Avoir la recherche fondamentale et la fabrication au même endroit, cela permet de faciliter la communication et d’accroître la production. On l’a aussi vu avec la pandémie, cela peut favoriser la sécurité d’approvisionnement. Le vaccin de Moderna a été produit en Suisse et nous n’avons pas eu de mal à nous en procurer.»

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Mais il estime aussi que la Suisse reste pertinente au-delà de la production de traitements très pointus: «Nous avons encore un rôle à jouer dans la production de médicaments plus basiques. Le problème est le coût de production, parce que, en Europe, tout est plus cher. Mais techniquement, il reste aussi possible de produire en Suisse des traitements plus simples.»

L’avenir de l’unité de production de Schweizerhalle dépendra peut-être aussi du succès du Leqvio. Lancé en janvier dernier aux Etats-Unis, il n’a dégagé que 112 millions de dollars de revenus en 2022, avec des ventes plus basses qu’attendu au dernier trimestre. Mais selon Novartis, malgré un lancement ralenti, il suit la même courbe que l’Entresto, utilisé pour traiter l’insuffisance cardiaque, qui lui a rapporté 4,6 milliards l’an passé.


Novartis désigne Gilbert Ghostine président du conseil de Sandoz

Le géant pharmaceutique Novartis a par ailleurs annoncé lundi la nomination de Gilbert Ghostine au poste de président du conseil d’administration de Sandoz. L’actuel directeur général du chimiste des arômes et parfums Firmenich prendra ses fonctions après l’autonomisation de l’unité des génériques et biosimilaires.

Gilbert Ghostine siège déjà au sein des conseils d’administration de Danone et de Four Seasons Hotels & Resorts, précise un communiqué de Novartis. Il avait annoncé se retirer des activités opérationnelles de Firmenich une fois le processus de fusion avec DSM achevé.

Cette nomination intervient dans le cadre du projet d’autonomisation de Sandoz. Le groupe bâlois avait indiqué en août dernier vouloir se séparer de sa filiale active dans les génériques et biosimilaires pour se concentrer sur les médicaments innovants. Le nouveau conseil d’administration de Sandoz sera formé après la scission prévue au second semestre et après avoir reçu l’approbation finale des actionnaires. L’entreprise sera cotée à la bourse de Zurich.

En 2022, Sandoz a enregistré un chiffre d’affaires en recul de 4% à 9,2 milliards de dollars, quand sa maison mère a vu ses recettes se contracter de 2% à 50,55 milliards.