Bulbizarre me nargue. Il sautille en face de moi en me fixant avec ses yeux rouges. Bulbizarre ressemble à un petit chat de couleur vert clair, portant sur son dos une sorte d’oignon vert foncé. Je lui jette deux «poké balls» pour l’appâter. La bestiole mord à la deuxième et tombe dans mon escarcelle. Voilà mon premier Pokémon capturé. Il en reste 349. Depuis quelques heures, la folie Pokémon Go, du nom du jeu développé par la société Niantic Labs, basée à San Francisco, déferle sur les smartphones du monde entier.

Le jeu n’a beau avoir été lancé officiellement le 6 juillet qu’aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle Zélande, il est aussi possible d’y jouer en Suisse, que ce soit sur iPhone ou smartphone tournant avec Android. Pour cela, il suffit de créer une nouvelle identité en s’inscrivant au magasin d’applications américain, par exemple, ce qui prend une dizaine de minutes. Ensuite, il est possible d’arpenter les rues en recherchant des Pokémon. L’application mélange virtuel et réel, en utilisant la caméra du smartphone pour insérer les petits personnages dans son environnement immédiat. On peut ainsi trouver des «poké balls», des «oeufs chance» et bien sûr des Pokémon à la gare de Lausanne, dans des églises de Berne ou même dans le train près de Fribourg.

Plus populaire que Tinder

En quelques jours, le jeu aurait été téléchargé par 7,5 millions de personnes, selon la société de recherche SensorTower. D’après sa concurrente SimilarWeb, Pokémon Go serait ainsi présent sur davantage de téléphones Android que l’application de rencontres Tinder. Et il y aurait bientôt plus de joueurs, sur Android aux Etats-Unis, que d’utilisateurs de Twitter. Des joueurs qui sont accros: ils passeraient, toujours selon SimilarWeb, 43 minutes par jour à traquer des Pokémon sur leur smartphone Android, devant les 30 minutes passées sur WhatsApp, les 25 minutes sur Instagram ou les 22 minutes sur Snapchat.

Cette popularité se traduit en dollars. Selon SensorTower, le jeu générerait actuellement 1,6 million de dollars par jour, uniquement sur iPhone. Si Pokémon Go est gratuit, le joueur est incité à acheter, au sein de l’application, des bonus supplémentaires: 200 «poké balls» valent 200 «poképièces», 8 modules leurre 680 «poképièces», un incubateur 150 «poképièces». Et pour les obtenir, il faut dépenser de l’argent bien réel, 100 «poképièces» s’échangeant par exemple contre 99 cents de dollar, le pack de 5200 valant 39,99 dollars.

Google et Nintendo en profitent

Les grands gagnants de ce phénomène sont indirectement Nintendo et Alphabet, la holding de Google, car tous deux sont actionnaires de Niantic Labs. Nintendo en profite aussi directement: son action s’est envolée de 12,75% à 22.840 yens mardi. Elle a ainsi bondi de 59% en quatre jours. Les investisseurs estiment que le succès du jeu aura des retombées positives sur l’inventeur du Game Boy.