tendance

La philanthropie change de style

Un prince saoudien a décidé de faire don de sa fortune de 32 milliards de dollars. Comme lui, les ultra-riches sont toujours plus nombreux à donner de leur vivant. Et à le faire savoir haut et fort

La philanthropie change de style

Tendance Un prince saoudien a décidé de léguer sa fortune de 32 milliards de dollars

Toujours plus d’ultra-riches donnent de leur vivant. Et le font savoir haut et fort

Début juillet, le prince saoudien Al-Walid ben Talal a annoncé qu’il consacrerait toute sa fortune à des projets philanthropiques. Avec fracas. La nouvelle a rapidement fait le tour du monde. C’est que la somme en question est colossale, et peu fréquente: 32 milliards de dollars.

Dans une lettre publiée sur son site internet, le prince explique son geste. Il affirme vouloir aider à créer un monde «plus tolérant et plus égalitaire». Il précise que ce don sera alloué selon un «plan bien conçu» tout au long des prochaines années ainsi qu’après sa mort et qu’il devra servir à «lutter contre la pauvreté et la famine […] à jeter des ponts pour la compréhension culturelle, l’accroissement de l’autonomie des femmes, la promotion des jeunes, la fourniture de secours en cas de catastrophes naturelles».

Si tous ne font pas autant de bruit que lui, le prince Al-Walid ben Talal n’est pas le seul milliardaire à faire don de sa richesse. Ou d’une partie de celle-ci. La famille Rockefeller, Bill Gates, Warren Buffett ou encore Jan Koum, qui a vendu WhatsApp pour 19 milliards de dollars en février 2014, l’ont tous fait avant lui.

La Suisse aussi connaît son lot de milliardaires bienfaiteurs. On pense à la famille Bertarelli, qui assure avoir reversé plus de 100 millions de francs à des œuvres de bienfaisance ces dernières années. Ou à l’entrepreneur Hansjörg Wyss qui expliquait récemment dans nos colonnes avoir donné «plus de 1 milliard de francs» au cours de sa vie.

Pour Etienne Eichenberger, associé gérant et cofondateur de WISE, une société genevoise active dans le conseil en philanthropie, l’annonce du prince saoudien est révélatrice de deux tendances: le fait que l’on donne aujourd’hui davantage de son vivant et une volonté de le faire savoir. «Cela découle à la fois d’un désir de reconnaissance, explique-t-il, mais aussi d’un sens des responsabilités de la part des leaders actuels qui entendent rendre à la société une partie de ce qu’ils ont pu gagner grâce à elle.» Avant de préciser: «Nous connaissons toutefois beaucoup de philanthropes qui préfèrent rester discrets.»

Anonymes ou non, ils sont toujours plus nombreux à s’organiser pour faire don d’une partie de leur fortune. Le nombre de fondations d’utilité publique en Suisse a ainsi une nouvelle fois augmenté l’année dernière (+2,8%), selon le rapport annuel de SwissFoundations. La Suisse compter ainsi plus de 13 000 fondations, un record.

Le constat est le même en Europe. Si les Etats-Unis restent les champions en la matière avec 300 milliards de dollars de dons annuels (particuliers, entreprises et fondations), selon un indice publié en février par BNP Paribas et Forbes In­sight – soient 2% du PIB – la philanthropie telle que pratiquée au sein de l’Union européenne serait désormais proche de ce montant. C’est que la planète compte aussi toujours plus de milliardaires. Fin 2014, la liste publiée par le magazine Forbes en dénombrait 1826, là aussi un record.

«Aujourd’hui, le mouvement s’est cristallisé autour de l’initiative «The Giving Pledge» lancée par Bill et Melinda Gates ainsi que Warren Buffett en 2010, explique Etienne Eichenberger. Ceux qui y souscrivent s’engagent non seulement à léguer de leur vivant la moitié de leur fortune au moins à des œuvres philanthropiques, mais également à se rencontrer pour partager leurs expériences en matière de philanthropie.»

Depuis le lancement de cette initiative, Warren Buffett, Michael Bloomberg, Carl Icahn ou encore Mark Zuckerberg ont décidé d’y adhérer. Une tendance qui devrait se poursuivre. Dans une étude publiée fin mai, UBS et PwC estimaient qu’il fallait s’attendre à «un bond de la philanthropie». Deux tiers environ des milliardaires sont aujourd’hui âgés de 60 ans ou plus, soulignaient les auteurs. Or, ceux-ci devront «décider comment préserver leurs acquis et transférer leur fortune d’une manière efficace à leur famille, à des causes philanthropiques ou avec une combinaison des deux».

Une chose est sûre néanmoins: tous ne légueront pas la totalité de leur fortune. Un rapport publié en octobre 2014 par Wealth-X et Arton Capital soulignait ainsi que les ultra-riches donnaient, en moyenne, 25 millions de dollars au cours de leur vie. Soit 10% environ de leur richesse. «Tout le monde ne peut, ni ne doit, donner la moitié de son patrimoine, conclut Etienne Eichenberger. Comme dans le cas d’entreprises familiales où celui-ci est investi et permet notamment de conserver des emplois. Et puis il y a la législation qui, comme c’est le cas en Europe, ne permet pas forcément de déshériter totalement ses enfants.»

Les Etats-Unis restent les champions de la philanthropie, avec 300 milliards de dollars de dons annuels

Publicité