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La philanthropie se professionnalise en Suisse romande

Deux chaires en philanthropie vont être ouvertes prochainement, l’une à l’IMD l’autre à l’Université de Genève. Objectif: former les futurs philanthropes mais aussi les personnes appelées à travailler pour eux

Le nombre de fondations en Suisse ne cesse de progresser. Fin 2015 elles étaient 13 075, soit 175 de plus qu’un an auparavant, selon le rapport annuel de SwissFondations publié début mai. En parallèle, la philanthropie tend à se professionnaliser. Les mécènes d’aujourd’hui ne veulent plus seulement donner de l’argent, ils entendent pouvoir mesurer l’impact de leur donation.

C’est dans ce contexte que deux chaires en philanthropie vont prochainement voir le jour en Suisse romande. La première sera lancée à l’IMD de Lausanne, en partenariat avec la société biopharmaceutique vaudoise Debiopharm. Elle aura pour objectif de permettre aux familles donatrices, dont bon nombre de dirigeants passent sur les bancs de l’institut, de développer de meilleures pratiques en matière de philanthropie familiale. Elle leur offrira des «outils permettant de renforcer l’analyse, les processus décisionnels, les indicateurs de performance et de gouvernance», précise un communiqué publié mercredi.

L’idée de cette chaire revient à Thierry Mauvernay. Si sa famille et sa société sont actives depuis une quinzaine d’années dans la philanthropie, le co-président de Debiopharm a eu le déclic il y a trois ans alors qu’il suivait des cours à l’IMD. «En discutant avec d’autres participants, j’ai remarqué qu’ils faisaient souvent des donations sur un coup de cœur mais qu’il n’y avait pas forcément de suivi, explique-t-il. J’ai compris qu’il y avait un réel besoin, qu’il fallait leur permettre de structurer leur action sur le long terme et de manière aussi professionnelle que possible.»

«Si l’argent divise, les valeurs rassemblent»

Pour Thierry Mauvernay, dont la société familiale propose entre autres à ses collaborateurs de ne pas prendre l’ascenseur et de reverser les économies ainsi réalisées au téléthon, une approche professionnelle permet d’optimiser l’impact philanthropique mais aussi de fédérer l’entreprise autour de valeurs. «Car si l’argent divise, les valeurs rassemblent», insiste-t-il.

Debiopharm a décidé de s’engager sur le long terme aux côtés de l’IMD: 15 ans au moins, avec «un don de plusieurs millions de francs». Pour l’heure l’institut auditionne des candidats et celui qui en prendra la direction devrait probablement être nommé cet automne.

Une nouvelle chaire en philanthropie doit également voir le jour à l’Université de Genève, probablement à la rentrée 2017, souligne Firoz Ladak, directeur général des Fondations Edmond de Rothschild. La famille Rothschild en sera en effet le partenaire stratégique.

«Il y a une année environ, le rectorat nous a approchés pour étudier la mise en œuvre d’une telle chaire, eu égard à notre expérience à Paris (ndlr, chaire en philanthropie ESSEC Business School)», poursuit Firoz Ladak. Nous avons tout de suite été partants.» Selon lui, une formation et recherche en philanthropie, qui existent déjà à Londres, Paris ou à Bâle, ont toute leur place à Genève. «En raison de son héritage humanitaire et caritatif, souligne-t-il, mais aussi parce que la ville héberge les Nations unies, de nombreuses organisations internationales et des centaines de fondations.»

«La philanthropie n’est plus seulement un portefeuille»

Pour l’heure, le positionnement et le contenu exact de cette chaire sont encore en discussion. «Nous aimerions qu’elle propose une réflexion transversale, précise Firoz Ladak, qu’on y aborde les questions de droit, de finance et de management mais aussi des questions de santé et de culture, deux secteurs dans lesquels les fondations sont très souvent actives.» Une fois l’orientation bien définie, un appel international sera lancé pour trouver la personne qui dirigera la chaire.

Contrairement à la chaire de l’IMD, celle de Genève ne se positionnerait pas uniquement sur des questions traitant de philanthropie familiale mais aurait une orientation plus large, touchant les professionnels du secteur, les philanthropes eux-mêmes et le public. «La philanthropie n’est plus seulement un portefeuille, c’est un véritable laboratoire d’idées», explique Firoz Ladak.

Après un parcours professionnel au sein de la banque d’investissement, Firoz Ladak s’est ensuite consacré à la professionnalisation du secteur. Depuis une dizaine d’années, Benjamin et Ariane de Rothschild lui ont confié la gestion de leurs dix Fondations familiales. «Leur volonté était d’établir un pont entre une tradition caritative remontant au XIXe siècle à une philanthropie contemporaine. Nous voulions notamment explorer la pertinence des méthodes du secteur privé à la philanthropie.»

Les Fondation Edmond de Rothschild rassemblent une équipe de dix professionnels qui couvrent toute la chaîne de valeur philanthropique depuis l’identification des projets jusqu’à la création d’un impact pérenne, en particulier dans les arts, la santé et l’entrepreneuriat. «La plupart de mes collaborateurs sont issus d’écoles de gestion», précise-t-il.

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