Pour Philip Morris, numéro un mondial de la cigarette, la législation antitabac uruguayenne est excessive; elle viole l’Accord sur la protection des investissements (1991) entre la Suisse, siège de l’entreprise, et l’Uruguay. En vigueur depuis le 1er mars, elle oblige les cigarettiers de prévoir 80% de la surface du paquet pour inscrire les avertissements sur les dangers du tabagisme. Montevideo interdit également la vente des versions Mild ou Light, affirmant qu’elles ne sont pas moins nocives. Selon Tobaccolabels, une organisation canadienne qui traque les abus dans les messages publicitaires de l’industrie du tabac, la loi uruguayenne est la plus dure au monde. A titre de comparaison, la Suisse prévoit une surface de 56% pour les messages d’avertissement, mais comme l’Uruguay, elle n’autorise non plus pas les labels Mild ou Light.

La multinationale a saisi la justice uruguayenne dès mars, lui demandant d’abroger la nouvelle loi antitabac. Du côté de Montevideo, les autorités justifient leur position en disant que le tabagisme est un fléau qui fait des dégâts au sein de la population. Près de 50% des Uruguayens sont en effet accros au tabac. Elles affirment aussi que leur loi n’est pas discriminatoire et qu’elle s’appuie sur la convention de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui décrète le tabac comme une nuisance à la santé. Le verdict est tombé en avril et a donné gain de cause à l’Uruguay.

Mais Philip Morris n’a pas baissé les bras. La société vient de faire recours auprès du tribunal d’arbitrage de la Banque mondiale. Cette instance traite des conflits entre le secteur privé et les Etats. La balle est à présent dans le camp uruguayen. «Nous préparons les réponses, répond un diplomate uruguayen au Temps. Il n’y a pas de doute sur le bien fondé de notre action.» Selon lui, la lutte contre les excès du tabagisme qui frappe son pays commence par la prévention.

Au siège de la multinationale à Lausanne, c’est motus et bouche cousue. «Nous n’avons pas de nouvelle information à ce sujet», a fait la porte-parole mardi.