Tabac

Philip Morris pourra vendre son Iqos aux Etats-Unis

Le groupe a obtenu l’autorisation de la FDA, mardi soir. Un nouveau marché de 40 millions de fumeurs s’ouvre pour sa cigarette chauffante, alors que ses effets sur la santé sont toujours contestés

Il l’attendait depuis deux ans. Et l’espérait depuis plus longtemps encore. Mardi soir, le cigarettier américain Philip Morris International (PMI) a obtenu l’autorisation de commercialiser son Iqos aux Etats-Unis.

La Food and Drug Administration (FDA), la puissante agence des médicaments et des produits alimentaires, a donné son feu vert. «C’est une étape historique», se félicite André Calantzopoulos, le grand patron de l’entreprise sise à Lausanne et à Neuchâtel, chiffrant à 40 millions le nombre d’Américains fumeurs et, donc, susceptibles d’être séduits par sa cigarette chauffante. Il rappelle aussi qu’en deux ans, 7,3 millions de personnes ont adopté l’Iqos à travers le monde.

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Avec ce chiffre, André Calantzopoulos parle des fumeurs qui seraient passés des cigarettes normales à cette alternative présentée comme moins nocive, parce qu’elle chauffe le tabac au lieu de le brûler. Mais certaines critiques pointent un risque que des non-fumeurs, en particulier les jeunes, se mettent à consommer de la nicotine parce que ce dispositif électronique existe.

Dans son communiqué, la FDA affirme qu’elle surveillera de près la phase de commercialisation afin de s’assurer que «la vente de ces produits respecte les restrictions de l’agence visant à prévenir leur accès et leur visibilité auprès des jeunes».

Bientôt 4 francs sur 10?

Philip Morris a déjà lancé son Iqos dans plus de 40 marchés à travers le monde. Il avait commencé par le Japon, en 2014. Les ventes globales de ses «produits à risques réduits» se sont élevées à 4,1 milliards de dollars, soit 14% du total en 2018. En 2025, le groupe espère atteindre le chiffre de 18 milliards, soit 40% de ses revenus totaux escomptés à cette échéance.

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Aux Etats-Unis, pendant que PMI attendait l’autorisation de la FDA, d’autres concurrents se sont installés sur le marché des alternatives à la cigarette. Parmi eux, il y a la vapoteuse rechargeable de Juul, une jeune entreprise californienne qui s’attend à tripler son chiffre d’affaires cette année, à 3,4 milliards de dollars, selon Bloomberg. Son ascension est telle que pour ne pas manquer le train, Altria, le pendant américain de Philip Morris qui sera chargé de commercialiser l’Iqos dans le pays, a dépensé 13 milliards pour s’offrir 35% du capital de Juul, en décembre dernier.

Outre la concurrence des e-cigarettes et des solutions imaginées par les autres géants du secteur, PMI doit aussi faire face à la méfiance de ceux qui se souviennent que l’industrie du tabac a, des décennies durant, menti sur la toxicité de ses cigarettes.

La FDA n’a pas tranché

Ainsi, le groupe prend de multiples précautions de langage. L’Iqos n’est pas sans risque, mais il est moins risqué que les cigarettes traditionnelles, dit-il en substance. Pourtant certaines études, notamment une australienne (2019) et une américaine (2018) ont conclu que les dommages sur les cellules confrontées aux émissions d’une cigarette ou d’un Iqos sont similaires.

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La décision de La FDA n’apporte pas de réponse définitive à cette question. Elle n’a qu’à moitié tranché. Elle estime que «l’autorisation est appropriée parce que ces produits engendrent moins de toxines que les cigarettes combustibles». Mais elle précise aussi: «Bien que cette décision permette leur commercialisation aux Etats-Unis, cela ne signifie pas que ces produits sont sûrs ou «approuvés par la FDA». Tous les produits du tabac sont potentiellement nocifs et créent une dépendance […].»

Ces nuances n’ont pas particulièrement ému les investisseurs. Mardi à Wall Street, le titre de Philip Morris a gagné 3,6%. Celui d’Altria 1,5%.

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