A Genève, depuis le 28 septembre, une nouvelle société anonyme s'active dans la finance: Jabre Capital Partners. La Cité de Calvin n'avait jamais attiré un aussi grand nom des hedge funds londoniens. Son président, Philippe Jabre, ancien gérant vedette de GLG Partners, s'installe sur les bords du Léman pour lever 4 milliards de dollars de capitaux. Ils seront gérés dans trois hedge funds, qui investiront en actions et en obligations convertibles.

Philippe Jabre avait quitté BNP Paribas à Paris pour rejoindre il y a neuf ans GLG à Londres, troisième firme alternative en Europe, avec 11,5 milliards de dollars d'actifs. Le courtier s'est fait une réputation de «légende de la finance» à la City. Ce Libanais de 46 ans, qui a pour spécialité les convertibles, a réalisé avec son fonds-phare «Market Neutral» un rendement moyen annuel de 23% entre 1998 et 2005, d'après Le Monde. Sa fortune personnelle est estimée 480 millions de francs. En mai dernier, c'est la disgrâce: il quitte GLG, après avoir été condamné par les autorités de la City pour abus de marché. La Financial Services Authority (FSA) l'a sanctionné pour s'être livré à des opérations d'initié. Le gendarme boursier britannique lui a infligé (à lui et à GLG) l'amende la plus salée de l'industrie: 750000 livres.

Depuis, Philippe Jabre avait perdu l'autorisation de gérer de l'argent dans la City, et devait demander une nouvelle autorisation pour reprendre ses activités. Mais c'était mal connaître le financier. Ce bras de fer avec la FSA le décide à se passer de Londres. En optant pour Genève, il prouve à la FSA qu'il peut faire ses affaires - au profit d'une autre juridiction - sans son autorisation.

Genève l'accueille à bras ouverts et les procédures se déroulent vite. «Il a dû négocier ses conditions à l'arrivée, estime un spécialiste. Quand on arrive avec un tel projet et un tel nom, qu'on est introduit par des banquiers, on obtiendra certainement de bonnes conditions fiscales.» Si le financier parvient à récolter 4 milliards, ce serait la plus grosse levée de capitaux alternatifs cette année en Europe, selon le Times de Londres.

La Suisse sort gagnante de l'arrivée du sulfureux trader. Elle se profile comme terre d'accueil pour les «single managers». «Un acteur important du marché des hedge funds s'établit à Genève avec des ambitions fortes? Cela prouve que Genève est concurrentiel dans les activités financières très sophistiquées, se réjouit Steve Bernard, directeur de la Fondation Genève Place Financière. Cela va dans le sens de nos efforts: depuis cet été, la Fondation Genève Place Financière et le Réseau poussent pour que la législation fédérale facilite la domiciliation en Suisse de sociétés actives dans les hedge funds.» «Il y a une forte compétition entre juridictions pour attirer des gérants et des capitaux, abonde un gérant de family office. La Suisse s'est alignée au plan juridique et fiscal sur Londres, alors que jusqu'ici, les quatre seuls bassins de single managers étaient les Etats-Unis, Londres, Tokyo et Hongkong/Singapour.»

Malgré l'épisode londonien, la réputation de Philippe Jabre semble intacte: d'après le Times, des investisseurs se seraient déjà engagés pour plusieurs centaines de millions de dollars. En outre, UBS agira comme prime broker pour Jabre Capital Partners, une étiquette prestigieuse.

«Lorsque l'on a un nom comme Philippe Jabre, un tel carnet d'adresses, et un flux d'informations aussi bon, les investisseurs croient en vous et vous confient facilement des capitaux, note un gérant alternatif genevois. Il est dans les bons réseaux.»