Goût de l’indépendance (2)

Philippe Lovy: «A son propre compte, on n’est jamais tranquille»

Touche-à-tout, Philippe Lovy est conseiller à Lausanne. Le goût de diriger le suit depuis son enfance

«A son propre compte, on n’est jamais tranquille»

Management Touche-à-tout, Philippe Lovy est conseiller à Lausanne

Il a fondé son cabinet en 1996 sur un coup de tête réfléchi

Employé de La Poste, boucher chez Bell, chauffeur de taxi, conducteur de train, responsable adjoint de l’exploitation aux CFF… Si Philippe Lovy s’est finalement lancé dans le conseil en management, en 1987, c’est pour revivre cette diversité de métiers qu’il a expérimentée durant sa vie d’étudiant et le début de sa carrière professionnelle.

Aujourd’hui, ce Jurassien de 61 ans dirige Iteral, une petite société lausannoise de cinq employés, spécialisée dans le conseil en management. Cette entreprise a été fondée en 1996. Mais sa genèse remonte à 1991. A l’époque, Philippe Lovy quitte son entreprise pour se lancer seul.

«J’ai écrit ma lettre de démission sur une machine à écrire de l’armée suisse, se souvient-il. J’étais au service militaire dans le Haut-Valais.» Il en avait marre, tout simplement.

Ce coup de tête était réfléchi, assure-t-il néanmoins. Ses quatre premières années dans le métier de conseiller en management, en tant qu’employé, l’avaient conforté dans le fait qu’il était capable d’avancer seul. La réussite des projets qui lui avaient été confiés lui a «donné confiance». C’est la différence «entre le courage et la témérité».

Lorsqu’on lance sa propre affaire, philosophe aussi Philippe Lovy, on passe de la «monodépendance à la multidépendance». On abandonne le statut d’employé pour fuir l’autorité, «pas forcément son patron», veut-il aussi préciser. Et «on accède à une position où ceux qui décident sont les clients. Avec l’avantage qu’aucun d’entre eux ne sait ce que l’on fait avec l’autre», s’amuse notre interlocuteur.

En théorie, Philippe Lovy encourage tout le monde à se lancer dans l’aventure de l’indépendance. Mais, en pratique, il appelle les candidats à se demander si leur rêve n’est pas une utopie. «Il y en a quand même beaucoup qui triment», prévient-il. Autre conseil: il faut aimer la volatilité des sentiments. «On n’est jamais vraiment tranquille. Dans les bonnes périodes, on se demande comment on va honorer toutes les commandes. Et, dans les mauvaises, comment on va payer les salaires…»

En parlant de salaire, Philippe Lovy a vécu six premiers mois compliqués, privé de revenus, où chaque dépense compte, chaque franc investi dans du matériel ou dans les indispensables repas avec des prospects «creuse le trou». Pourtant, il n’a aujourd’hui aucun regret. Devenir indépendant lui a permis d’aménager son temps, et donc d’en passer avec son fils.

Si une partie de sa carrière était à refaire, c’est celle durant laquelle il a tenté de céder progressivement des parts de sa société à ses employés. Il a échoué. «Ils ont jugé que c’était trop risqué.» Philippe Lovy est donc propriétaire à 100% d’Iteral. Et ce n’est peut-être pas un mal? s’interroge-t-il. Car une question reste ouverte: «Je ne saurais dire si je préfère décider tout seul ou partager.»

Au cours de ces 45 minutes d’entretien, Philippe Lovy avait commencé par assurer que l’indépendance professionnelle n’était ni un rêve d’enfant ni une aspiration de l’étudiant en ingénierie qu’il était. Mais, au fil de la discussion, il finit par se remémorer que, durant son enfance, «j’ai très vite eu des aspirations de chef. J’ai toujours eu envie d’être écouté. C’est ma mère qui, incontestablement, m’a donné le goût de diriger.»

Il y a une autre personne qui a joué un rôle clé dans la carrière de Philippe Lovy: lorsqu’il décide de quitter son poste bien établi aux CFF, à Yverdon-les-Bains, pour débuter un MBA à Lausanne, il s’adresse à trois banques en espérant pouvoir financer ce retour aux études. Deux banquiers refusent tout net. Le troisième, agent de la défunte SBS, lui «a fait confiance». Il a fait plusieurs exceptions aux règles en vigueur, en termes de montant ou de rythme de remboursement exigé. Du coup, Philippe Lovy a un regret: ne pas avoir retenu le nom de ce banquier qui a changé sa vie. Et un espoir: que celui-ci lise cet article.

On abandonne le statut d’employé pour fuir l’autorité, «pas forcément son patron», précise Philippe Lovy

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