«J’avais le devoir moral d’écrire ce livre sur le GGBa»

Polémique L’ancien directeur donne sa vision de la promotion économique exogène via un ouvrage

Philippe Monnier évoque des fuites d’informations et une lourdeur de gouvernance

Philippe Monnier, directeur du Greater Geneva Berne area (GGBa) de 2010 à la fin 2014, vient de publier un livre (Promotion économique de la Suisse occidentale – radiographie sans complaisance, Editions Slatkine, 2015) formulant certains reproches à la promotion économique exogène de la Suisse occidentale. Créé en 2010 et financé par six cantons (Berne, Fribourg, Vaud, Neuchâtel, Genève et le Valais), le GGBa a pour mission principale d’attirer des entreprises étrangères. Il pourrait faire mieux, selon Philippe Monnier. Explications.

Le Temps: Quels principaux reproches adressez-vous au GGBa? Philippe Monnier: Il ne s’agit pas de reproches mais de plusieurs opportunités d’amélioration. Par exemple, je suis d’avis que la promotion économique devrait se concentrer très largement sur la valeur ajoutée économique pour notre région plutôt que sur la valeur ajoutée politique. Il est par exemple spécialement difficile de générer des implantations intéressantes d’entreprises allemandes car celles-ci trouvent généralement les compétences dont elles ont besoin dans leur propre pays; en plus, nous faisons face à la concurrence des régions zurichoises et bâloises. Mieux vaut ne plus investir trop d’énergie en Allemagne mais redoubler d’efforts dans des pays comme la Chine pour lesquels nous avons des opportunités immenses d’attirer des investissements exceptionnels. Mais il est vrai que certains cantons ont souvent une attitude dubitative à l’égard des sociétés chinoises qui pourraient s’emparer de notre savoir-faire et faire concurrence à nos entreprises. Je ne partage pas ces doutes et je ne peux pas imaginer une seconde que la Suisse devienne renfermée sur elle-même. J’ai rencontré beaucoup de patrons de sociétés chinoises créées il y a seulement vingt ans et qui avaient déjà 20 000 employés et des filiales dans plusieurs grands pays. La plupart de ces sociétés auront sous peu un premier bureau en Europe puis un siège européen. Si l’on ne fait rien, la grande majorité de ces sièges seront ailleurs, principalement en Allemagne, voire en Angleterre.

– Vous considérez la gouvernance du GGBa comme trop lourde et trop lente. Qu’en est-il exactement?

– La gouvernance actuelle du GGBa fonctionne avec trois organes. Un groupe opérationnel composé des directeurs des promotions économiques cantonales, un comité des chefs de service des départements cantonaux de l’économie et une assemblée générale comprenant les six conseillers d’Etat chargés de l’Economie, en plus de l’organe de contrôle et la direction. Cette gouvernance est beaucoup trop lourde, beaucoup trop lente et surtout, ceux qui décident formellement ne sont pas ceux qui portent de facto la responsabilité quant aux conséquences des décisions. Je suis en faveur d’avoir un seul conseil d’administration composé de huit membres.

– Vous parlez également de fuite d’informations confidentielles. Qu’en est-il?

– Beaucoup de personnes sont impliquées dans le GGBa et, par conséquent, les fuites d’informations confidentielles ont toujours constitué un problème au sein de notre organisation.

– Vous avez dirigé le GGBa jusqu’en décembre 2014. Pourquoi êtes-vous parti?

– Nous avons atteint des résultats record surtout en 2014, non seulement en ce qui concerne le nombre d’implantations (87 en 2014 contre environ 50 en 2010) mais surtout en ce qui concerne la qualité des implantations. Et cela malgré un budget réduit de 25% et des conditions-cadres détériorées, à l’exemple du franc fort, de la fiscalité ou du vote «contre l’immigration de masse». Néanmoins, ce qui a causé mon départ, c’est principalement les divergences chroniques concernant la gouvernance en plus de ma position au sujet de l’Allemagne.

– Ce livre serait-il une «revanche» à l’égard du GGBa?

– Bien sûr que non et je crois que le ton et le contenu de ce livre en sont témoin. J’ai voulu d’une part expliquer aux contribuables le fonctionnement de la promotion économique exogène, un domaine passionnant mais souvent méconnu. En outre, j’ai souhaité donner des pistes pour améliorer le fonctionnement de l’organisation. J’ai bien sûr reçu des fortes pressions politiques qui me sommaient de garder le silence complet à ce sujet. Mais en mon âme et conscience et aussi par respect et amour pour notre région et ses contribuables, c’est sans hésiter que j’ai considéré que j’avais le devoir moral d’écrire ce livre, quelles que soient les conséquences personnelles que cela va impliquer.