Philips ne cesse de rendre publique une bonne nouvelle, suivie d'une mauvaise. Fin juillet, le groupe néerlandais annonçait sa première acquisition d'envergure après des années de crise et de désinvestissement. Mardi soir, Philips faisait retomber l'optimisme en publiant un communiqué succinct selon lequel, «compte tenu des récents développements, il semble maintenant improbable que la branche Philips Consumer Communications (PCC) atteigne son niveau d'équilibre financier en 1998».

L'information est capitale pour le géant européen de l'électronique qui affiche des ambitions élevées dans ce secteur à forte croissance: devenir le numéro trois mondial de la téléphonie, en mettant l'accent sur les communications mobiles, un secteur vierge pour Philips. Pour mettre toutes les chances de son côté en s'implantant fermement outre-Atlantique, le groupe a fusionné ses activités dans ce domaine avec l'américain Lucent, en octobre 1997. Philips détient 60% de la société qui annonce un chiffre d'affaires d'environ 5 milliards de florins (sur un total du groupe de 76,5 milliards en 1997), pour 12 500 salariés, et qui fabrique des téléphones, des répondeurs et des appareils de messagerie à distance. Son président, Mike McTighe, qui chapeautait l'activité téléphonie au sein de Philips, n'hésite pas à se débarrasser des deux tiers de ses anciens directeurs pour atteindre son objectif: l'équilibre fin 1997. Mais Philips pèche par ambition: le marché est soumis à un rythme rapide d'innovations – un téléphone plus performant tous les six à neuf mois – imposé par les leaders, Ericsson, Nokia, etc. Le lancement de produits de pointe, comme le Génie, connaît des ratés, et McTighe repousse le passage à l'équilibre à la fin 1998. Du coup, le directoire du groupe ne quitte pas PCC des yeux, et Mc Tighe doit présenter chaque semaine son rapport, alors que les autres divisions ne le font qu'une fois par mois.

Mais PCC ne sort pas des difficultés pour autant: «Nous rencontrons des problèmes avec certains nouveaux modèles qui seront mis sur le marché plus tard que prévu», reconnaît Ben Geerts, porte-parole du groupe. Ce retard de quelques mois suffirait à repousser la date de sortie des pertes. Mais ce n'est pas tout: la rapidité de développement de nouveaux produits impose un rythme soutenu. Un portable moderne aujourd'hui est obsolète l'an prochain. Philips pourra-t-il rattraper son retard, et à quel prix, s'inquiètent les analystes? Car les pertes sont lourdes. Au premier trimestre, PCC avait perdu quelque 250 millions de florins. Même si le déficit a été légèrement réduit au second trimestre, il se monterait toutefois, pour la première moitié de l'année, autour des 400 millions.

L'avenir de PCC reste trouble, comme l'indique le refus de Philips de prévoir toute nouvelle échéance de sortie du déficit. D'autre part, le porte-parole de Philips affirme qu'il n'est pas question de changer la donne au sein du joint-venture avec Lucent. La dernière certitude réside dans le départ de Mike Mc Tighe, qui cède la place à son second, Thom Swartsenburg. Que va faire le nouveau dirigeant de PCC? «Nous allons étudier à nouveau notre portefeuille de produits et nos efforts en termes géographiques», lâche Ben Geerts, tout en affirmant que «Philips maintient son objectif final de faire partie du trio de tête de la téléphonie». Même si Philips est passé en quelques années de 3,5 à 7% de parts de marché mondial dans la téléphonie, les retards et les pertes récurrentes sont inquiétants. Rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que Philips gagnera son pari.