Phone.com profite de sa formidable capitalisation boursière (7,2 milliards de dollars, soit 12,2 milliards de francs) pour continuer à solidifier sa position stratégique dans la convergence entre la téléphonie mobile et Internet. Mercredi, la société basée à Redwood City, dans la Silicon Valley, a procédé à la plus grosse acquisition de sa courte histoire en procédant à un rachat par fusion entre égaux (merger of equals) avec Software.com. L'opération se fera par échange d'actions pour une valeur de quelque 6,4 milliards de dollars (10,8 milliards de francs), avec une prime de 17% pour les actionnaires de Software.com. Elle n'entraînera aucune suppression d'emplois, affirment les deux sociétés, dont les titres étaient en forte progression (plus de 25%) en cours de séance sur le Nasdaq.

Créatrice du WAP (Wireless Application Protocol), cette plate-forme qui permet de se relier à Internet via la téléphonie mobile, Phone.com est l'une des success stories de la Nouvelle Economie. Quand bien même elle affiche des pertes abyssales (165,6 millions de dollars pour le quatrième trimestre achevé en juin, pour 28,7 millions de chiffre d'affaires), son potentiel de croissance en fait l'une des valeurs favorites des analystes. Son fondateur et actuel patron, le Français Alain Rossmann, quittera ses fonctions exécutives (il reste président) pour les céder à Donald Listwin, le numéro deux de Cisco.

Le départ de Listwin du géant de l'infrastructure Internet traduit l'importance que pourrait prendre la nouvelle société née du mariage entre Phone.com et Software.com. D'aucuns voyaient ce vice-président exécutif, chargé des ventes et du marketing de Cisco, comme candidat favori pour succéder un jour au charismatique John Chambers. «J'ai des sentiments mélangés, a reconnu Listwin lors d'une conférence téléphonique. C'était une décision très difficile pour moi.» Listwin prend en main une entité dont la croissance a jusqu'ici été fulgurante. Fondée en 1993, Software.com développe des logiciels qui permettent l'envoi de messages écrits et vocaux sur le Net depuis des terminaux mobiles. En mars dernier, elle avait acquis pour un demi-milliard de dollars la totalité du capital de Atmobile. com, qui développe un système d'échange de messages instantanés entre PC et téléphones mobiles. Sotware.com a vu ses ventes tripler lors de son second trimestre, à 29,5 millions de dollars (pour une perte nette de 11,1 millions), et, depuis son entrée en Bourse à l'été 1999, le cours de son action a plus que quadruplé, malgré la brutale chute du mois de mars. Ses clients les plus célèbres ont pour nom AT & T, Verizon, BellSouth et Sprint PCS.

Historique impressionnant

De son côté, Phone.com a un historique impressionnant. La société a été fondée sous le nom Libris en décembre 1994 par un ingénieur et mathématicien français, Alain Rossmann, qui avait participé dès 1983 au développement du Macintosh chez Apple. Ce Parisien plein d'initiatives venait de vendre sa troisième start-up, EO Corp., à AT & T, lorsqu'il participait à une convention sur les applications sans fil à Santa Clara. Il y est question d'incorporer les services de données aux réseaux vocaux. «En écoutant leurs plans, j'ai réalisé qu'ils oubliaient totalement d'avoir une stratégie pour une application que vous et moi pourrions utiliser», expliquait voici quelques mois Alain Rossmann à un magazine américain spécialisé. Il engage deux ingénieurs et développe en peu de temps l'architecture du WAP. En juin 1996, la société change de nom et devient Unwired Planet. Un an plus tard, elle prend le risque de partager sa technologie afin d'en créer un standard, et signe avec Ericsson, Motorola et Nokia. L'architecture du WAP sera publiée sur Internet en septembre 1997, et quatre mois plus tard, les quatre partenaires fondent le WAP Forum, une communauté libre d'accès que Microsoft rejoindra au printemps 1999, et qui compte aujourd'hui plusieurs centaines de membres. En avril 1999, en pleine préparation d'IPO, Unwired Planet devient Phone.com; le titre gagnera 1600% avant de subir la correction de mars dernier – mais il se traite encore trois fois au-dessus de son niveau d'introduction. Le WAP a été l'attraction numéro un à Telecom 99 à Genève – et dans le reste de l'industrie.

Phone.com a procédé à quatre autres acquisitions majeures avant de fusionner avec Software.com. Récemment, la société a vendu des licences pour ses applications à British Telecom, Telecom Italia Mobile (qui compte le plus grand nombre d'utilisateurs en Europe!), Vodafone AirTouch et NTT DoCoMo.