Ce lundi matin, Philippe Léopold-Metzger, le patron de Piaget, débute à peine une semaine qui sera échelonnée de dizaines de rendez-vous. Mais dans son bureau temporaire du Salon international de la haute horlogerie (SIHH), à Palexpo, un collaborateur lui apporte déjà plusieurs boîtes de comprimés de paracétamol.

L’origine de ses maux de tête? Le principal défi, débute celui qui est aux commandes de la marque depuis 1999, est «d’essayer d’anticiper les déplacements de la clientèle chinoise». Celle-ci va beaucoup moins à Hongkong, cela se voit dans les chiffres des exportations – les envois de montres suisses y ont chuté de 23% l’an dernier. Piaget y compte encore huit boutiques. Et si elle n’y a pas réduit la voilure pour le moment, elle se fixe d’autres priorités.

La Thaïlande, la Corée du Sud et l’Australie

Elle se concentre davantage sur l’Asie du Sud Est. Piaget compte déjà deux enseignes en Thaïlande, à Bangkok et à Phuket, et va en ouvrir une 2e dans la capitale, annonce le patron. La Corée du Sud, qui a accueilli plus de 6 millions de Chinois en 2014, fait aussi partie des destinations incontournables. Philippe Léopold-Metzger cite aussi Sydney, les Etats-Unis ainsi que la Chine continentale. En 2015, Piaget s’est par ailleurs installé Rue de la Paix, à Paris, mais aussi à Milan.

Les touristes chinois ont beau être plus de 100 millions à travers le monde, ils sont volatils et changent volontiers de destination, au gré des événements – révoltes à Hongkong, attentats à Paris, épidémie en Corée – ou des cours de changes. Voilà pourquoi «nous sommes désormais plus prudents dans nos projets», précise le patron. Une prudence justifiée par les multiples facteurs d’incertitudes géopolitiques, conjoncturels, financiers ou politiciens. Dernier événement en date, les élections à Taiwan. «Comment ce résultat va-t-il influencer les futures ventes?», interroge l’homme fort d’une marque qui pèse quelque 700 millions de francs de chiffre d’affaires, selon la banque Vontobel.

Le prix, un nouvel enjeu

Une boussole pour 2016?: «Si vous me demandez comment sera cette année, je n’en sais rien», assène Philippe Léopold-Metzger. Mais le patron a au moins une certitude: même dans la haute horlogerie – le premier prix d’une montre Piaget pour hommes se situe à 12 000 francs – «les considérations de prix sont devenues plus importantes. Nous sommes moins dans un marché de cadeaux, les clients achètent davantage pour eux-mêmes, c’est un changement fondamental». Autrement dit, le secteur du luxe doit désormais aussi prêter attention à la notion de rapport qualité/prix.

Avare en chiffres, Philippe Léopold-Metzger renvoie aux derniers résultats de Richemont, propriétaire de la marque. Ceux-ci indiquent que les ventes dans les boutiques en propre progressent bien, tandis que le wholesale (ventes aux détaillants) s’avère plus difficile. «Plus que le niveau des commandes, ce SIHH devrait permettre de sentir le degré de confiance des détaillants». Et de terminer la semaine avec un peu plus de certitudes.