Le produit intérieur brut (PIB), un outil dépassé? Parmi les cinq invités d’un débat organisé au World Economic Forum (WEF) de Davos mercredi, personne ne milite pour faire disparaître le principal indicateur économique mondial. Mais tout le monde lui trouve des défauts. «On est encore incapable de mesurer la valeur et les bénéfices du système d’éducation, critique par exemple Mariana Mazzucato, économiste et auteure de The Value of Everything. On en calcule seulement les coûts, le poids des salaires des enseignants.»

«Selon la construction actuelle du PIB, l’utilisation de Wikipedia ne produit rien, elle détruit même de la valeur, ajoute Erik Brynjolfsson, professeur de management et directeur au MIT de l’initiative sur l’économie numérique. Est-ce vraiment correct de considérer que la transmission gratuite du savoir n’apporte rien?»

La discussion aurait pu s’attarder des heures sur les imperfections du PIB. Mais il s’agit aussi de trouver des solutions, des alternatives, un moyen de calculer le bien-être. Mais surtout de sensibiliser les dirigeants politiques et les convaincre qu’il faut intégrer la notion de bonheur à leurs décisions.


Nos derniers articles sur le Forum de Davos:

Une ministre du Bonheur

Aux côtés des deux académiciens sont assises deux praticiennes: Ohood Bint Khalfan al-Roumi et Jacinda Ardern, la première ministre néo-zélandaise. La première occupe, depuis 2016, le poste nouvellement créé de ministre du Bonheur des Emirats arabes unis. «La création de ce ministère n’est pas un simple ajout, c’est un changement de paradigme qui concerne et traverse tous les départements, assure-t-elle. Pour chaque proposition, désormais, nous pesons le pour et le contre. Et la notion de bien-être pèse dans la balance.»

La seconde s’est notamment fait connaître en promettant qu’en 2019 le budget de son pays mesurera aussi le bien-être de ses habitants. «Comment vont-ils, mentalement et physiquement? Quelle est la qualité de l’air que nous respirons, comment se porte notre environnement? Ce sont ces indicateurs qui nous donneront une vraie idée de notre succès. Tout n’est pas qu’une question de croissance.»

Jacinda Ardern salue au passage l’initiative précoce de l’OCDE qui, il y a presque 10 ans déjà, a créé le «Better Life Index». Un indicateur servant à «refléter le problème des inégalités», précise son secrétaire général, Angel Gurria. Cet indice est décomposé en plusieurs thèmes: logement, revenu par habitant, liens sociaux, environnement, engagement civique, satisfaction…

«Un mouvement irréversible»

Si les outils et les volontés se multiplient, les habitudes n’ont pas encore changé. Lundi, en ouverture de la semaine davosienne, le FMI a publié ses perspectives économiques. A l’ancienne, concentrées sur le PIB et la croissance. «C’est le moment de changer ça, il y a un mouvement irréversible», martèle Angel Gurria. La situation en Italie, en France, au Royaume-Uni, la montée du populisme au Brésil, aux Etats-Unis… «C’est le résultat d’une frustration. Elle nous indique qu’il faut davantage s’intéresser aux individus.»

Lire aussi: Le FMI demande aux Etats de se préparer au pire

Les situations individuelles, justement, c’est le principal défi de cette nouvelle approche. «Nous devons avancer de manière pragmatique et progressive, conclut Ohood Bint Khalfan al-Roumi. Car il n’existe pas de notion universelle du bonheur.» De la croissance, si. Du moins pour l’instant.


La Suisse numérique doit être libérale

Il y avait foule, mercredi matin, dans le pavillon temporaire installé par Credit Suisse à Davos. L’occasion pour Marc Walder de se remémorer les débuts en 2015 de l’initiative digitalswitzerland, dont il est le fondateur. «Nous étions une poignée, nous sommes aujourd’hui plus d’une centaine», s’est félicité le patron de Ringier (copropriétaire du Temps). Au cours du débat qui a suivi, il a surtout été question de (faible) degré de réglementation, de flexibilité, de vitesse d’innovation et d’intégration de tous les acteurs concernés, y compris de la population.

Le président de la BNS, Thomas Jordan, a joué son rôle de gardien, en modérant les enthousiasmes autour des cryptomonnaies. «Ce sont davantage des actifs financiers que des monnaies», a-t-il répété. Le secrétaire d’Etat aux questions financières, Jörg Gasser, tout comme le président de la Confédération, Ueli Maurer, sont eux convaincus que le libéralisme «à la Suisse» est la bonne recette pour que le pays soit un acteur de pointe dans la révolution numérique.

A ce sujet: En ouvrant le Forum de Davos, Ueli Maurer vante les «valeurs suisses»