En 2015, l'appréciation du franc aura coûté 1,3 point de pourcentage de croissance à la Suisse romande. Sans cela, son produit intérieur brut (PIB) aurait progressé de 2,2% au lieu de 0,9%, a déclaré Jean-Pascal Baechler, conseiller économique à la Banque cantonale vaudoise lors de la présentation de l'étude mercredi à Lausanne.

«Cela dit, on est loin d'un effondrement. Certes il y a eu une baisse de régime importante, mais l'économie est fondamentalement saine et diversifiée, ce qui lui a permis de résister à ce choc», a ajouté Jean-Pascal Baechler.

Remontée malgré les risques

«Cette année, on attend une légère accélération et une remontée à 1,4% similaire aux prévisions nationales. Elle sera portée par le léger affaissement du franc, la solidité de l'économie américaine et la lente sortie de l'ornière de la zone euro», a-t-il expliqué.

«En 2017, la hausse pourrait atteindre 2%, si tout continue à aller bien», a souligné M. Baechler. Car, selon ce dernier, les facteurs de risque sont nombreux: d'une croissance mondiale qui n'arrive pas à reprendre de l'élan, au vote sur le Brexit, en passant par le franc qui reste surévalué.

Paradoxe au niveau des branches

Grâce à la robustesse de l'économie romande, peu de branches ont vu leur activité fléchir l'an dernier. Paradoxalement, les activités plutôt tournées vers le marché domestique (construction, services aux entreprises, activités immobilières ou commerce) ont été davantage touchées.

A l'inverse, les branches orientées vers les exportations, telles que la chimie-pharma et les machines, les instruments de précision et l'horlogerie ont moins souffert, a relevé le conseiller économique. En 2016, ces branches pourraient ressentir plus fortement les effets de la force du franc. En 2017, la poursuite de l'amélioration de la conjoncture devrait se refléter dans la plupart des branches.

Deux fois plus en 20 ans

Pour la première fois, l'Institut a calculé l'impact des frontaliers et des pendulaires intercantonaux sur le PIB romand. Selon les chiffres 2013, le fruit de leur travail représente une part de 18%, soit un franc sur cinq. Cette proportion a pratiquement doublé depuis 1990, a indiqué M. Baechler.

Grossièrement, la part des pendulaires et des frontaliers est d'environ moitié-moitié: on compte 85 000 pendulaires entre cantons romands, auxquels s'ajoutent 20 000 personnes en provenance de Suisse alémanique. Le nombre des frontaliers se monte à environ 120 000, a expliqué le conseiller.

Contribution

La contribution de ces travailleurs mobiles diffère cependant d'un canton. Elle est supérieure à la moyenne romande dans les cantons de Genève (30% en 2013), de Neuchâtel (21%) et du Jura (21%). A l'inverse, elle est plus basse dans les cantons de Vaud (16%), de Fribourg (11%) et du Valais (5%).

Au niveau des branches, la part la plus élevée concerne les activités manufacturières: trois francs sur dix (29%) y sont créés par le travail des pendulaires intercantonaux et des frontaliers. Cette contribution est moins importante dans les activités immobilières (10%) et l'agriculture (4%).

Le PIB romand est publié depuis 2008 par les six banques cantonales romandes en collaboration avec le Forum des 100 de L'Hebdo. Les calculs sont réalisés par l'Institut CREA d'économie appliquée de la Faculté des HEC de l'Université de Lausanne.


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