Tandis que UBS est recapitalisée par Singapour et des investisseurs du Moyen-Orient, Pictet & Cie profite à plein de la crise. L'année a été exceptionnelle pour le plus grand banquier privé suisse, indemne des affres du marché hypothécaire américain. «A chaque crise, nous avons tendance à gagner des parts de marché», observe Jacques de Saussure, associé de l'établissement bicentenaire.

Sur neuf mois, Pictet a vu ses avoirs de clientèle croître de 18%, à 276 milliards de francs. L'associé relève une accélération: «En octobre et novembre, nous avons noté d'importants afflux de clients, inquiets de l'effet de la crise «subprime». Dans ces moments, ils reviennent vers ce qui est plus stable, plus transparent, vers les modèles traditionnels.»

350 embauches cette année

Le succès aidant, Pictet a effectué 350 engagements cette année, hissant ses effectifs à 2700 personnes. «C'est aussi le moment le plus favorable pour attirer des équipes, souligne Jacques de Saussure, car les activités des banques d'affaires verront une compression des bonus, ce qui est démotivant pour ceux qui, en période d'euphorie, ne gagnent pas autant que les stars de ces banques et qui, lors des crises, se retrouvent au moins aussi pénalisés.»

L'entrée de Singapour dans le capital de UBS n'étonne pas l'associé. «Le moment est mûr pour les pays qui ont des excédents de liquidités pour acheter des actifs dépréciés. La question est de savoir s'ils vont gagner politiquement en influence.» Singapour se présente comme un investisseur stratégique dans UBS.

«Tout cela nous conforte dans notre modèle totalement indépendant, affirme Jacques de Saussure. Nous n'avons pas de comptes à rendre à des actionnaires extérieurs, et nos intérêts, en tant qu'associés indéfiniment responsables de l'activité de la banque, sont alignés avec ceux de nos clients.»