Deux fois par an, le monde des fonds suisse est en ébullition. En février puis en mars, deux instituts concurrents décernent successivement leurs récompenses aux meilleures maisons de gestion actives sur le marché helvétique. Cette année, Pictet est couronné comme meilleur grand groupe de gestion en 2004 par Standard & Poor's. Dans la foulée, cette société qui compile les performances donne un prix aux meilleurs fonds des principales catégories sur trois périodes: un, trois et cinq ans. Quatre-vingt-un fonds se partagent 89 certificats (voir ci-joint un extrait de cette liste, publiée en exclusivité romande).

Pour Rémy Best, associé de Pictet, le prix récompense les trois piliers de l'approche de gestion de fonds suivie par la banque. Premièrement, elle doit générer une performance supérieure avec des produits distincts de la concurrence. Deuxièmement, le contrôle du risque doit être sophistiqué. «Nous y avons consacré beaucoup de moyens en temps et en argent», explique Rémy Best. Une cellule de risque indépendante de la gestion, qui dépend de la direction de la banque, effectue ce travail. Les performances des fonds, passées et anticipées, ne doivent pas s'écarter trop largement de celle de leur indice de référence. L'écart admis varie de fonds en fonds. Lorsque la banque présente ses fonds à un investisseur institutionnel, les principes de contrôle du risque permettent souvent d'emporter le morceau. Troisièmement, «l'excellence opérationnelle.» «Nous avons choisi de maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur.» Ainsi, le groupe Pictet est également banque dépositaire et administrateur de ses fonds.

Pour protéger les investisseurs actuels, Pictet a fermé aux nouveaux entrants deux de ses fonds, Pictet Fund Eastern Europe et Emerging Markets.

Des gérants très libres

A côté du prix reçu par Pictet, quatre autres maisons se partagent les cinq distinctions restantes. DWS, la filiale des fonds de Deutsche Bank, en reçoit deux: meilleure grande maison sur dix et cinq ans. Elle est tenace, c'est la cinquième fois qu'elle reçoit ce dernier prix. «Notre recherche est décentralisée», déclare Sven Rump, le responsable de 12 gérants présents à Zurich. «Nos professionnels sont encouragés à être actifs et à prendre des risques. Si leur portefeuille est trop proche de l'indice, nous les mettons en garde.»

«Les gérants de GAM sont très libres», explique un connaisseur de cette filiale de UBS. Deux gérants peuvent très bien se contredire, ils ne doivent pas se conformer à l'opinion émise par une équipe d'analystes. Standard & Poor's qualifie GAM de meilleure maison spécialisée sur une période de dix ans. Cinq fonds en actions lui ont permis d'obtenir le titre, ils sont gérés depuis Londres. Chaque gérant réunit autour de lui une petite équipe d'assistants, totalement indépendante des autres. Framlington, une autre boutique de gestion basée à Londres, est classée meilleure maison spécialisée sur un an.

«Nous avons résolument une approche sectorielle», note Matthias Ramser, le responsable des gérants de fonds à la Banque cantonale de Zurich. La banque a reçu le prix de la meilleure maison de gestion spécialisée sur cinq ans. «Les décisions se prennent dans une toute petite équipe, c'est un atout», ajoute Bruno Ammann, de cette même banque. A côté d'un spécialiste obligataire, cinq gérants sont chacun responsables d'un secteur, «ils disposent d'une grande autonomie». Leurs décisions de placement, qu'ils prennent seuls, sont agrégées pour bâtir les portefeuilles; l'allocation à chaque secteur étant sous la supervision de l'un d'entre eux.