C’est un détail qui échappe sans doute à la majorité des internautes qui consultent le site web de Pictet. L’adresse internet du groupe a été modifiée. Ainsi, le «pictet.com» a cédé la place à une extension unique, «.pictet». La page d’accueil est ainsi devenue group.pictet et l’ensemble des pages du groupe sont désormais réunies sous cette extension. Avec le but d’aller plus loin encore, l’adresse assetmanagement.pictet se destinant, plus tard, à être par exemple le portail pour la gestion d’actifs.

Avec cette migration technologique, annoncée fin février et désormais pleinement opérationnelle, Pictet fait partie d’un groupe d’environ 500 entreprises qui ont opté pour leur propre extension. L’ICANN, organisme sous contrôle américain qui supervise la création de ces adresses, avait lancé en 2012 le processus visant à permettre à des firmes de posséder leur propre adresse. «Pour les grandes entreprises, c’est une opération stratégique très importante, explique Stephen Barber, responsable de la communication du groupe Pictet. Ainsi, au niveau mondial, 17 des 20 marques les importantes du classement Interbrand – le classement annuel des marques mondiales les plus reconnues – ont opté pour leur propre extension. Et à notre connaissance, nous sommes la seule institution financière suisse à avoir déployé cette stratégie». En Suisse, Swatch a acheté son propre nom de domaine, tout comme ABB ou Richemont, par exemple.

Moins de clonage

Pour quels bénéfices? «Jusqu’à présent, nous devions faire face très régulièrement à des cyberattaques qui portaient non seulement atteinte à notre image, mais aussi à la sécurité de nos clients, poursuit le responsable de Pictet. Des pirates créaient des adresses de type «pictet.xyz» pour tenter d’obtenir des informations sensibles. En moyenne, ces attaques se produisaient une fois par semaine». Pictet affirme qu’aucune perte pour ses clients n’a ainsi été constatée, mais que certains combats en justice contre des cyberpirates ont duré jusqu’à deux ans.

Lorsque l’entreprise possède sa propre extension, il est a priori impossible de créer un faux site avec une extension farfelue. De plus, l’entreprise est libre de créer autant de sites qu’elle le souhaite se terminant par le nom de sa marque. Depuis qu’elle utilise sa propre extension, Pictet affirme que les possibilités d’attaque, sous forme de clonage du site ou autre, sont devenues plus difficiles. Il est possible que les pirates soient découragés par la nouvelle extension, avance la banque.

Aussi Swatch

Swatch a aussi activé sa propre extension, «non seulement pour protéger nos marques et entreprises, mais aussi pour pouvoir exploiter pleinement ces nouvelles opportunités de communication», explique le groupe. Le fabricant horloger affirme avoir réalisé une première expérience «très positive de l’utilisation de l’extension. swatch pour la récente campagne POP» – la plateforme est ainsi accessible à l’adresse www.pop.swatch/.

Aspect marketing important

Posséder sa propre extension permet aussi davantage de souplesse. Ainsi, cela permet de simplifier des adresses, careers.bloomberg redirigeant vers le site www.bloomberg.com/careers notait récemment Guillaume Pahud, directeur de la société suisse Dotstories, sur le site spécialisé CircleID. Ces noms de domaine propre permettent aussi de créer des mini-sites. L’entreprise pharmaceutique américaine Abbott a ainsi créé le site http://www.lifetothefullest.abbott/ pour faire la promotion d’une vie plus saine. Guillaume Pahud note par ailleurs que pour les entreprises, l’aspect marketing est aussi important lors de l’activation de noms de domaine propres.

Il existe aujourd’hui 326 millions de noms de domaine au niveau mondial, dont 142 millions d’adresses avec l'extension «.com» et «.net». Les toutes nouvelles extensions, de type «.win», «.club» ou «.science», représentent 4,9% des 326 millions d’adresses achetées.

135 millions pour «.web»

Si les entreprises doivent lutter pour leur présence en ligne, une autre bataille a lieu pour la gestion, et surtout la vente, d'extensions de noms de domaine. Ainsi, début août, l'ICANN a mis aux enchères la gestion de «.web». Huit candidats se sont affrontés, dont des poids lourds tels Google, qui était parvenu, il y a un an et demi, à s'emparer la gestion de «.app» pour 25 millions de dollars, soit 24,5 millions de francs. C'est Verisign, via sa société fille Nu Dot Co LLC, qui a acquis «.web» pour 135 millions de dollars. Le précédent record était le fait de GMO Registry, un spécialiste des noms de domaine, qui avait déboursé 41 millions de dollars pour gérer l’extension «.shop». Déjà gestionnaire du «.com» et le «.web», Verisign pourrait très rapidement rentabiliser son achat. Selon la directrice de Webnames.ca, Verisign pourrait revenir dans ses frais après trois ans déjà, en faisant payer l'enregistrement de trois millions d'adresses en «.web» par année.


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