Le Temps: Vous attribuez la baisse de 18% des profits (EBIT) de vos activités négoce de produits agricoles, qui ont occasionné une perte de 8 millions de dollars (contre un gain de 659 millions en 2010), à la «dislocation» du marché du coton. Que s’est-il passé?

Ivan Glasenberg: En 2010, nous avions acheté, à un prix fixe, beaucoup de coton à de nombreux producteurs d’Afrique de l’Ouest. La fibre n’était pas vendue à terme, ce que vous ne pouvez faire qu’au moment de la livraison. Donc nous nous sommes couverts en vendant [ndlr: des contrats papier] sur les marchés à terme. Problème: les récoltes en baisse ont fait s’envoler les cours mondiaux de 0,85 à 2,50 dollars [ndlr: à la fin 2010] par livre, et nombre de producteurs ne nous ont pas livrés. Résultat, nous avons dû annuler nos couvertures à pertes, alors que le marché était en pleine ascension. Et nous n’avons évidemment pas fait de profits sur les cargaisons n’ayant pas été fournies. Ceci sans compter que quand, finalement, nous avons réussi à être livrés, les prix sur les marchés à terme ont rapidement baissé, contrairement au cours auquel pouvait être vendue la marchandise «physique». Il n’y avait plus de lien entre les deux…

– Reste que, loin du coton, la rentabilité de votre négoce de métaux a également baissé, la marge bénéficiaire passant de 4 à 3%… – Ne perdez pas de vue que, dans les métaux, il y avait eu des achats de restockage massifs de la Chine en 2010, ce qui avait dopé nos activités sur le cuivre et le zinc. En 2011, il n’y a pas eu de vague d’achats comparables. Ceci sans compter que dans le minerai de fer, nos équipes ont dû faire des concessions sur les marges, histoire de développer leur clientèle et leur activité. Au final, les profits ont effectivement affiché une baisse dans le commerce de métaux et de minérais. Mais avec certaines exceptions. Le négoce d’aluminium, par exemple, a généré des marges bien supérieures aux années précédentes.