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Pierin Vincenz, en 2013, alors encore directeur général de Raiffeisen, en discussion à Berne avec le conseiller national Christophe Darbellay.
© RUBEN SPRICH/Reuters

Banque

Pierin Vincenz, la chute du bâtisseur de Raiffeisen

Le directeur général de la banque coopérative entre 1999 et 2015 est sous enquête de la Finma pour de possibles conflits d’intérêts. Ils concerneraient des rachats effectués sous sa houlette

Alors qu’il s’apprêtait à quitter la direction de Raiffeisen, en octobre 2015, Pierin Vincenz disait envisager de s’engager «auprès de PME, de manière à être plus proche des activités opérationnelles». L’ancien banquier s’est en fait dirigé vers la tête du conseil d’administration de la société financière Leonteq – qu’il a quitté entre-temps – et d’Helvetia – qu’il préside toujours.

Surtout, loin de s’intéresser à de petites entreprises d’avenir, c’est son passé que le Grison de 61 ans est désormais forcé de réétudier. Au plus grand plaisir de certains observateurs, qui semblaient l’attendre au tournant.

«Raiffeisen était Vincenz, Vincenz était Raiffeisen», assénait la NZZ dans un commentaire il y a quelques jours, alors que l’ancien patron de Raiffeisen venait d’annoncer qu’il avait été mis sous enquête par l’autorité des marchés financiers, la Finma, pour de possibles conflits d’intérêts pendant la période où il a dirigé la banque, elle-même aussi sous enquête.

Le quotidien zurichois estimait que l’ancien responsable avait tout simplement trop de pouvoir et n’était pas soumis à suffisamment de contrôles dans la banque qu’il a dirigée de 1999 à 2015, ce qui lui a permis, par exemple, de travailler aux côtés de sa femme, avocate générale de la banque, sans que personne ne lève un sourcil.

Lire aussi: Raiffeisen: Pierin Vincenz sous enquête de la Finma

Des doutes apparaissent

Ce qui s’est vraiment passé n’est pas encore tout à fait clair. La Finma ne s’exprime pas sur une affaire en cours. L’intéressé dit avoir «traité les conflits d’intérêts potentiels avec le soin nécessaire». Il ajoute, via son communicant, qu’il ne souhaite pas s’exprimer sur des points précis alors qu’une procédure est en cours, ni sur les échanges avec la Finma, car «la procédure est confidentielle».

Mais certains commencent visiblement à avoir des doutes. Mercredi, Aduno, un prestataire zurichois de cartes de crédit, leasings et autres services, détenu à 25,5% par Raiffeisen, a admis avoir mandaté un cabinet d’avocats d’affaires pour vérifier certaines acquisitions. Pierin Vincenz en a été le président du conseil d’administration depuis sa création en 1999 jusqu’en juin dernier.

«Au courant»

Le groupe ne donne pas non plus de détails sur les cas. Mais selon les médias alémaniques, le nœud du problème se trouverait dans des prises de participation de sociétés, dont Commtrain Card Solutions en 2007. L’ex-patron aurait profité de prendre une participation avant qu’Aduno ne le fasse afin d’encaisser une plus-value. Une pratique, si elle est avérée, appelée front-running et interdite en Suisse.

Le communicant, Andreas Hildenbrand, rappelle qu’«en réponse à des requêtes similaires il y a deux ans, Raiffeisen avait déclaré que le président de son conseil d’administration connaissait le rôle de Pierin Vincenz dans la transaction avec Commtrain». En outre, ajoute le porte-parole, «des rapports externes ont montré que la transaction a eu un impact positif dans la valorisation, que Pierin Vincenz s’est comporté de façon correcte et que les intérêts de Raiffeisen et d’Aduno n’ont en aucune manière été lésés».

Lire aussi: Raiffeisen a plus que doublé en quinze ans

Autre piste, la Handelszeitung a écrit que l’ancien responsable préside et détiendrait à titre privé 15% d’Investnet, une société possédée à 60% par Raiffeisen et qui investit dans des PME suisses, allemandes et autrichiennes. La prise de participation aurait été finalisée en octobre 2015, au moment de la passation de pouvoir avec Patrik Gisel, l’actuel directeur général de Raiffeisen.

Or, ce dernier a expliqué dans une interview à Finanz und Wirtschaft que la procédure de la Finma contre la banque concernait la participation dans Investnet. D’après la SonntagsZeitung, il semble que ce soit le nouveau venu qui, en voulant vérifier l’organisation de sa banque, ait déclenché les investigations.

Hélicoptères

L’enquête, même si elle semble avoir démarré il y a un certain temps, devrait encore prendre plusieurs mois. Mais, pour l’heure, Pierin Vincenz n’a pas perdu tous ses soutiens. Helvetia, dont il préside le conseil d’administration, a pris note de l’enquête du régulateur mais n’a pas jugé nécessaire de démettre de ses fonctions celui qui est généralement décrit comme l’artisan du développement de Raiffeisen.

Pierin Vincenz n’est pas simplement un des patrons que la coopérative a connus au cours de son histoire. Il l’a littéralement transformée, alors qu’elle était une petite banque de deuxième catégorie, pour la faire devenir le numéro trois du secteur, grâce à des rachats – dont certains aussi spectaculaires que critiqués, comme celui des activités non américaines de Wegelin au moment de sa chute – et à une montée en puissance impressionnante dans le marché hypothécaire. Au point qu’en 2014, la Banque nationale suisse a décidé de lui octroyer le statut de banque de taille systémique, et donc l’insigne privilège d’être plus étroitement contrôlée.

Pierin Vincenz est un banquier qui a pu susciter la jalousie par sa réussite autant que l’agacement par des positions parfois tranchées sur le secteur et un train de vie moyennement modeste. C’est aussi un directeur général qui n’hésitait pas à prendre un hélicoptère pour se balader d’une succursale à l’autre, jusqu’à provoquer suffisamment d’irritation pour être contraint de faire profil (un peu plus) bas et de revoir ses moyens de transport, surtout quand ils étaient empruntés aux frais de la coopérative.

Lire aussi: Critiquée, la direction de Raiffeisen promet de réduire son train de vie

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