De quels documents dispose exactement Pierre Condamin-Gerbier? La justice française va pouvoir en juger. Le banquier était entendu à Paris mercredi par les députés de la Commission d’enquête sur les dysfonctionnements éventuels au sein du gouvernement et de l’administration fiscale, dans le cadre de l’affaire du compte suisse de Jérôme Cahuzac. L’ancien associé-gérant de la société Reyl Private Office a affirmé avoir remis aux magistrats les «dossiers» en sa possession. Les juges en question sont Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, en charge depuis le 31 mai d’une enquête sur le «blanchiment de fraude fiscale» occasionné par l’ex-ministre du Budget.

Parmi les éléments en mains des juges figurerait une liste dont Pierre Condamin-Gerbier a plusieurs fois fait état. «Je n’aime pas cette terminologie de liste, a nuancé l’intéressé. Il s’agit de dossiers éminemment techniques, que la justice va pouvoir exploiter. L’écheveau est très complexe. La volonté de ceux qui ont monté ces dossiers était clairement une volonté d’obscurité.» Il n’a pas voulu donner aux parlementaires les noms contenus dans ces «dossiers», tout en réitérant que des personnalités politiques y figurent. Et il a nié avoir transmis cette liste à Médiapart, qui affirme en disposer.

«Double discours»

Tout au long des deux heures de son audition, le banquier a argumenté sur un seul thème: le manque de volonté dont a fait preuve, selon lui, le Ministère français des finances pour obtenir de la Suisse les informations adéquates sur le compte détenu par l’ex-ministre. D’après le gestionnaire suisse – qui a plusieurs fois cité les articles du Temps – l’identification de la banque Reyl était facile dès le mois de décembre 2012, une fois que le nom d’Hervé Dreyfus, lié à la famille Reyl, a émergé comme étant l’intermédiaire de Jérôme Cahuzac. Pierre Condamin-Gerbier a affirmé l’avoir redit aux policiers français en février 2013, et il s’est dit persuadé que cette information avait été aussitôt communiquée au Ministère de l’intérieur. Soit trois mois avant les aveux de l’ex-ministre.

Pierre Condamin-Gerbier s’est montré accusateur, y compris pour ses anciens amis de l’UMP, dont il fut un temps responsable sur les bords du Léman: «Quiconque a eu, dans ce milieu, des clients français, a pu constater l’étendue des pratiques de fraude fiscale.» L’ancien banquier a de nouveau, comme il l’avait fait en juin devant le Sénat, lâché en pâture les noms des élus UMP Patrick Devedjian et Eric Woerth, venus selon lui à Genève en 2007 et qu’il accuse de «double discours»: «Ils sont venus en avion privé mais nous devions dire qu’ils avaient pris le train. Ils ont ensuite expliqué à un aréopage de militants, parmi lesquels beaucoup d’exilés fiscaux, qu’ils les comprenaient et les soutenaient. Alors qu’une fois au pouvoir à Paris, ils ont traité ces gens comme des traîtres à la patrie.»