L'homme est celui par lequel Investcorp a épousé Ebel. Pierre Haquet, après avoir assuré la direction générale de Cartier International, a rejoint le groupe en 1993 en qualité de Senior Advisor pour les investissements de la société dans le luxe en Europe. Président-directeur général de Chaumet International en sus de ses fonctions de stratège au sein de l'entité financière, Pierre Haquet domine de son bureau parisien le saint des saints du luxe, la place Vendôme.

C'est de là qu'il a développé la stratégie qui permet aujourd'hui à Chaumet de disposer, depuis une date récente, d'une unité horlogère de développement et d'assemblage à Bienne, tant il est vrai que l'image, la qualité et l'origine suisses sont incontournables. A terme, le site – qui gère la production et le service après-vente – devrait également intégrer l'entier des activités internationales de distribution d'une marque qui, selon Pierre Haquet, est amenée à réaliser un chiffre d'affaires ventilé moitié-moitié entre horlogerie et joaillerie. «Tel était l'objectif que j'ai fixé lors de mon entrée chez Investcorp. Si Chaumet, dont la fondation remonte à 1780, est le plus grand nom de la joaillerie française, la logique veut que ce domaine soit proche de l'horlogerie et que nous fassions des montres. La première chez Chaumet, d'ailleurs, date de 1811.»

«Proche du but»

Pour Pierre Haquet, le but est en passe d'être atteint: «L'horlogerie représente actuellement 45% de notre chiffre d'affaires. Nous sommes proches des objectifs fixés à cinq ans, dans la répartition joaillerie/horlogerie, lors du plan défini en 1996.» Chaumet produit actuellement 20 000 montres par année. Associée à un nom joaillier, l'approche horlogère Chaumet n'entend pas se battre sur un terrain sans légitimité pour la marque, tel que la montre technique ou plutôt sportive.

«Nous devons nous différencier par le design, redevenir les créateurs de notre temps sur le registre du classique français contemporain tout comme Bulgari incarne le baroque italien. Nous vendons un style et un esprit sans qu'il y ait le moindre tabou dans notre démarche créative. J'aime au contraire être iconoclaste et si possible initier des tendances», lance Pierre Haquet en assortissant le propos du rôle de pionnier que Chaumet a joué en lançant, la première, l'acier serti de diamants, l'utilisation du caoutchouc profilé et la montre-manchette. «Nous offrons une montre qui est avant tout un bijou car je ne crois pas au hard-selling dans le luxe: les produits doivent s'imposer par leur créativité.»

Si la joaillerie signée Chaumet, aux yeux de Pierre Haquet, demeure artisanale et par conséquent distribuée sélectivement via le réseau propre de boutiques, il n'en va pas de même pour la montre: «Cette activité, plus industrielle, permet d'accéder à une distribution hors des magasins Chaumet, donc d'acquérir une visibilité internationale accrue pour la marque. Ce qui correspond à notre volonté de faire de Chaumet une société réellement internationale, un objectif désormais réaliste compte tenu de la présence du joaillier-horloger sur les marchés.» Présente dans une cinquantaine de pays via 450 points de vente, la marque réalise aujourd'hui 40% de son chiffre d'affaires en France et dans les pays francophones, à hauteur égale de la part que s'adjuge l'Asie. Les Etats-Unis et le Moyen-Orient comptent à hauteur de 10% chacun.

Chaumet et Investcorp? Pas de nuages en vue, selon Pierre Haquet pour qui la sérénité est totale. «Nous avons atteint l'équilibre en 1998, et l'actionnaire entend poursuivre ses investissements. Je veux aboutir à 500 millions de FF de chiffre d'affaires selon les plans définis en 1996. Cela dit, je souhaiterais que Chaumet entre en Bourse d'ici trois-quatre ans lorsque cet objectif sera atteint.»