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Pierre Jéronimo, directeur général et propriétaire de GR Mobility.
© David Wagnières

Emploi

Pierre Jéronimo: «Nous sommes des concierges pour ressources humaines»

Les sous-traitants de la mobilité au sein des entreprises souffrent des réductions budgétaires de leurs clients. Le marché, autrefois florissant, poursuit sa consolidation à l’échelle nationale. Entretien avec Pierre Jéronimo, l’un des papes genevois de la relocation

A force de rachats, mais aussi de flair commercial, GR Mobility s’est hissé ces dernières années au rang d’acteur majeur de la relocalisation en Suisse. Pourtant le groupe genevois, qui vient de s’autoproclamer numéro un de la branche dans l’Arc lémanique, était jadis en difficulté. Sa croissance fait aujourd’hui presque figure d’exception, dans un marché où les intermédiaires facilitant l’intégration d’employés transférés luttent pour survivre, face à une demande en tassement continu.

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Fondée au bout du Léman par une expatriée américaine il y a plus de deux décennies, cette agence privée (Geneva Relocation), réunissant à présent d’autres marques comme Active Relocation, HR Relocation et Ellen Baur & Partner, dit avoir dégagé en 2016 un chiffre d’affaires en hausse de 60%. L’entité qui ne publie pas ses résultats financiers aurait même doublé ses recettes les premiers mois l’exercice en cours. GR Mobility, dont l’influence s’étend également outre-Sarine, emploie 18 salariés fixes. Et autant de consultants polyglottes, spécialisés selon les marchés immobiliers situés entre Zurich et la France voisine. Rencontre avec son directeur général et propriétaire Pierre Jéronimo, ex-président de l’Association suisse des agents de relocation (SARA), fraîchement élu au Conseil d’administration de la faîtière européenne de la branche.

Le Temps: Combien compte-t-on d’agences de relocation en Suisse?
Pierre Jéronimo: Le territoire helvétique dénombre plus d’une centaine d’acteurs, dont une douzaine de grande taille. Mais seul environ un tiers de l’ensemble de ces structures peut être considéré comme sérieux.

- C’est-à-dire?
- Le terme «relocation» n’est pas protégé. Certaines agences, qui prennent des biens en gestion, perdent leur indépendance face aux régies et aux propriétaires. Elles fonctionnent à la commission, alors que le vrai métier impose d’être rémunéré exclusivement à travers ses honoraires.

- Quels sont les tarifs de GR Mobility?
- Un programme accompagné, par exemple, revient à 4200 francs. C’est un forfait qui comprend notamment l’état des lieux d’un logement, la mise en place des connexions téléphoniques et d’électricité, ainsi qu’un suivi d’environ trois mois après l’installation.

- N’y a-t-il pas un peu trop d’agences en Suisse?
- Nous observons une importante consolidation depuis deux ans. A moyen terme, ce processus pourrait conduire à réduire de moitié les forces en présence. A Genève, par exemple, l’équilibre devrait se situer à une dizaine de structures de plus de 10 employés.

- Seuls les grands groupes internationaux sont donc appelés à survivre?
- Non, les entreprises privilégient aujourd’hui les compétences locales, la proximité et le relationnel avec des agences qui ont un faible taux de roulement de personnel. Par ailleurs, en tant qu’acteur régional et national, nous n’avons plus aucun problème à régater avec les géants du secteur. Les nouvelles technologies nous permettent en effet de proposer les mêmes services, à moindres frais.

- Votre offre se concentre-t-elle essentiellement sur la recherche d’appartements, d’écoles et de crèches?
- Non, elle concerne tout ce qui touche à l’intégration. Nous développons par exemple de plus en plus de services en amont d’une installation, comme les formalités de visas et d’immigration, ce qu’auparavant les multinationales confiaient à des avocats ou à de grands cabinets de conseil. Nous gérons aussi davantage de situations de double carrière, avec des couples où l’un est expatrié et l’autre cherche également à travailler. Notre accompagnement passe alors par le soutien aux recherches d’emploi.

- Cela revient-il à faire du placement de personnel?
- Non. Nous agissons en qualité de conseil, pour guider le conjoint dans ses démarches. Afin qu’il ne devienne pas un échec d’intégration du collaborateur, il faut d’abord déterminer ses chances d’être engagé à l’étranger. Notre soutien implique notamment de mener des entretiens préalables dans le pays d’origine, d’analyser les cursus et les diplômes, jusqu’à s’assurer que les dossiers de candidature comportent tous les certificats requis.

- Devez-vous aussi répondre à des sollicitations de particuliers?
- Oui, il y en a de plus en plus. A commencer par les «faux privés», soit les collaborateurs ne bénéficiant d’aucun accompagnement de leur nouvel employeur et que l’on traite en direct. Ces derniers représentent environ 3% de nos activités. La population locale fait généralement appel à nous uniquement pour soumettre à leur place un dossier auprès des régies. Les gens pensent que leur demande passera ainsi plus facilement la rampe.

- Ont-ils tort?
- Notre but, et c’est déjà bien d’y parvenir, est de faire en sorte que les dossiers de nos clients soient retenus et fassent partie des trois derniers choix de la régie, avant soumission au propriétaire.

- Quelles sont les dernières évolutions de votre métier?
- La recherche de logement ne suffit clairement plus pour se distinguer. Aujourd’hui, il faut faire en sorte que les entreprises vous délèguent tout ce qu’elles ne veulent plus faire elles-mêmes, comme la gestion d’appartements meublés, le nettoyage, le paiement des factures, etc. Nous sommes devenus un véritable service de conciergerie pour ressources humaines. Parmi les nouveaux produits que nous avons lancés, figurent la comptabilisation standardisée des notes de frais et la comparaison des salaires nets, pour déterminer le pouvoir d’achat, ainsi que le choc financier réel d’un transfert entre différents pays d’accueil. Ou encore la rédaction de contrats de travail, dont le milieu des start-up – notamment de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et du Campus Biotech à Genève – est assez friand.

- Le marché des jeunes pousses est-il devenu prépondérant?
- La proportion des entreprises en démarrage dans notre portefeuille n’est pour l’heure que d’environ 5%. Mais elle est appelée à progresser fortement, en raison du tassement de la mobilité au sein des multinationales, lesquelles recrutent aussi un peu moins.

- A quel point les expatriés se sont-ils raréfiés avec les restrictions budgétaires?
- Les indemnités, comme la prise en charge du logement et de l’écolage des enfants – l’instruction publique a du coup meilleure cote –, ont fondu de plus de 30% ces dernières années. Elles sont passées d’environ 8000 francs par collaborateur, à quelque 5000 francs. Aujourd’hui, les expatriés ne représentent plus que 20% de nos mandats, contre auparavant 75%.

- Ne craignez-vous pas de disparaître?
- Non, l’érosion des volumes de la branche n’est que de l’ordre de 20 à 25%. C’est le statut traditionnel d’expatrié, dont la mobilité coûte plus cher, qui est progressivement remplacé par celui de transféré, recruté depuis l’étranger, mais sous contrat local. Il s’agit là d’ailleurs d’une des particularités du marché suisse.

- Les multinationales préfèrent donc s’adonner à la chasse de tête pour peupler leurs filiales.
- Les agences de relocalisation viennent en appui de cet effort avec, pour corollaire, un rajeunissement des populations de transférés. L’expatriation n’est plus réservée à des collaborateurs expérimentés. Les jeunes recrues ne veulent plus attendre pour voyager et partent pour l’étranger tout de suite après leur engagement. Le cas échéant, elles optent pour des modèles de colocation une fois à destination. Voire des intérieurs meublés, ce qui leur évite de déménager, stricto sensu. Notre rôle est d’expliquer aux entreprises, aux propriétaires et aux régies ces nouvelles tendances du «plug & play», car tous ne comprennent pas bien le phénomène.

- Peut-on connaître l’identité de vos clients?
- Je ne peux pas donner de noms. Mais nous travaillons pour l’heure avec plus de vingt entreprises, toutes tailles confondues. Nous avons signé l’an passé plusieurs contrats d’exclusivité avec des multinationales genevoises, situées essentiellement sur la rive droite du Léman.

- Quel est votre plus gros mandat?
- Un partenariat que nous avons dernièrement conclu avec une importante organisation internationale faisant partie des symboles de Genève. Cette dernière engendre à elle seule quelque 300 relocalisations par an.

- Observez-vous davantage de départs que d’arrivées?
- Il y a nettement plus d’installation que de personnes qui s’en vont. On gère environ 600 arrivées par année, notre cœur de métier, pour quelque 150 départs.

- Le marché immobilier est-il déséquilibré?
- Il l’a toujours été, avec actuellement une forte pression qui s’exerce sur les biens inférieurs à 3500 francs de loyer. Le marché des villas, en revanche, s’est considérablement détendu. Sauf sur la rive gauche du Léman, où pour un budget de 10 000 francs par mois, vous ne trouvez aujourd’hui plus que deux ou trois objets. C’est notamment le cas dans la région de Versoix et de Pregny-Chambésy. A Vandœuvres, au contraire, il y a abondance de maisons libres.


Profil

1970. Naissance, le 21 septembre à Saint-Etienne.

1995 à 1998. Directeur de l’antenne hongroise de la société hollandaise Corstjens. Il est muté un an plus tard à Amsterdam, en qualité de responsable commercial du groupe. Puis devient chasseur de tête chez Adexis à Paris et directeur commercial pour le groupe américain Sirva (ex-Allied).

2004 à 2011. Directeur de la société genevoise Pelichet, avant de monter la filiale du groupe britannique Sterling à Genève.

2012. Il redresse et rachète progressivement – jusqu’en 2016 – Geneva Relocation et HR Relocation (groupe GR Mobility).

2013. Président de l’Association suisse des agents de relocation (SARA), une entité qui regroupe 36 membres.

2017. Nommé au Conseil d’administration de l’European Relocation Association (EuRA). Il représente la région Allemagne-Autriche-Suisse auprès des 600 membres de cette faîtière.

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