Pierre Maudet avait les yeux qui brillent samedi matin à Téhéran dans le hall du palais présidentiel de Sa’dabad, autrefois résidence du Shah. Et pour cause. Aligné au sein de la délégation officielle suisse, juste derrière Johann Schneider-Ammann et Hassan Rohani, le Conseiller d’État genevois venait d’entendre le président iranien exprimer, en pleine conférence de presse, sa volonté de réactiver la ligne aérienne reliant Genève à Téhéran.

Quelques heures plus tard, après avoir notamment rencontré l’ayatollah Khamenei en compagnie du président de la Confédération, Pierre Maudet se félicitait du choix de l’Iran. «Il ne s’agit pour l’heure que d’une déclaration d’intention de la part des autorités iraniennes, précisait-il cependant. Mais c’est une intention forte et ferme de leur part.»

Iran Air a opéré durant des années une liaison entre Genève et Téhéran (une ligne Téhéran-Genève-Paris Orly en réalité). Mais la compagnie nationale a été contrainte de l’arrêter en 2009; le durcissement des sanctions à l’encontre de la République islamique rendant tout achat de carburant à l’étranger – et donc tout ravitaillement sur le tarmac genevois – impossible. Désormais, et alors que l’Iran célèbre son retour en grâce au sein de la communauté internationale, Iran Air entend bien reprendre son envol. Pour remplacer une flotte vieillissante, la compagnie vient d’ailleurs de commander 118 Airbus.

Pierre Maudet, en charge du département de l’économie, compte bien en faire profiter Genève et son aéroport. Les nombreux Iraniens qui sont venus s’installer dans la région durant les années 1970 et les 600 qui étudient aujourd’hui dans les grandes écoles et les universités de Suisse représentent, avec leurs familles, autant de voyageurs potentiels. Sans oublier non plus le tourisme. Ce n’est pas un hasard si Johann Schneider-Ammann avait emmené à Téhéran, au sein de la délégation économique, le patron de Suisse Tourisme. «Dans nos calculs, nous avons également tenu compte de toute la zone Est de la France», précise encore Pierre Maudet.

La peur des Américains demeure

Reste toutefois un problème de taille: celui du financement d’Iran Air sur sol suisse, condition sine qua non de son retour à Genève. Or les banques suisses se montrent encore très frileuses quand il s’agit de traiter avec l’Iran. Car si l’accord sur le nucléaire est entré en vigueur en janvier, des sanctions financières américaines sont toujours en place. Un établissement bancaire qui effectuerait des transactions avec des personnes ou des sociétés placées sur liste noire, même sans le savoir, risquerait de s’exposer à d’importantes sanctions de la part des Etats-Unis.

Lors de la présentation des résultats de la BCGE mardi à Genève, Le Temps a demandé au directeur Blaise Goetschin si son établissement pourrait financer Iran Air ou lui permettre d’effectuer des paiements en Suisse afin d’ouvrir un vol Genève-Téhéran. «D’un point de vue commercial cela pourrait nous intéresser, a-t-il répondu. Mais une telle demande devrait être préalablement analysée avec le plus grand soin par notre département juridique», s’est-il empressé de préciser.

Pierre Maudet est conscient des difficultés qui l’attendent. Mais il compte bien profiter de rendez-vous avec plusieurs banques de la place ces prochains jours pour tenter de les convaincre, explique-t-il. Avec en ligne de mire le voyage d’une délégation économique genevoise en Iran auquel il participera au mois d’avril.