Mutualisation

Pierre Maudet: «Genève mérite sa place au sein de digitalswitzerland»

Le canton est le premier de Suisse romande à accéder à la plateforme nationale, réunissant 75 acteurs phares du numérique et visant à faire de la Suisse un hub mondial de l’innovation. Les explications du ministre genevois Pierre Maudet

Genève se profile en tant qu’acteur majeur de la transformation numérique en Suisse. Voire au-delà. Le canton, qui a inscrit la diffusion des technologies de l’information au cœur de sa stratégie économique 2030, est devenu officiellement ce jeudi le 75e membre de digitalswitzerland – c’est la première collectivité publique romande à rejoindre cette structure. Un regroupement (anciennement Digital Zurich 2025) lancé en 2015, réunissant des entreprises privées, comme ABB, Accenture, Google, UBS, BNP Paribas, ou encore Philip Morris. Mais aussi des entités publiques des cantons de Zurich et des Grisons, ainsi que des hautes écoles, dont les établissements polytechniques fédéraux de Lausanne et Zurich.

Objectif de la plateforme: faire du pays un hub mondial de l’innovation numérique, via notamment le développement de start-up. Questions à Pierre Maudet, ministre genevois en charge de l’économie et de la sécurité, qui accède au comité de pilotage de digitalswitzerland.

Le Temps: Pourquoi le canton de Genève n’a-t-il pas intégré digitalswitzerland plus tôt?

Pierre Maudet: Cette initiative, à l’origine très privée, était majoritairement axée sur des acteurs présents outre-Sarine. J’ai eu l’occasion de discuter avec son président et instigateur Marc Walder [ndlr: également directeur général du groupe Ringier] au début de cette année, et je crois que ce dernier est maintenant convaincu qu’il faut s’intéresser davantage à l’ouest de la Suisse et au secteur public.

– Comment avez-vous fait pour convaincre de votre utilité?

– Un argument clé a été de rappeler que ces vingt dernières années, la majorité des percées numériques sont attribuables au secteur public [ndlr: le GPS est une invention de source militaire et l’écran tactile provient de la recherche fondamentale]. Genève contribue déjà de manière importante à ce processus d’innovation, en s’engageant par exemple dans la lutte contre la cybercriminalité et pour l’essor du vote électronique. Le canton est aussi engagé dans le développement d’une gouvernance éthique du digital, via les réflexions autour de la «convention de Genève numérique».

– Avez-vous d’autres chantiers?

– Nous réfléchissons à un programme touchant au commerce électronique. Ce dernier pourrait déboucher en novembre prochain sur des perspectives concrètes impliquant les grands distributeurs. Une autre piste porte sur la chaîne de blocs, une technologie basée sur la confiance, que nous prévoyons d’appliquer au Registre du commerce. Nous voulons aussi aboutir cet automne, avec un dispositif garanti par l’Etat et dont la stabilité permettra un partage des acquis et des compétences à travers digitalswitzerland.

– Qu’attendez-vous de votre collaboration avec digitalswitzerland?

– L’objectif est de muscler nos propres démarches existantes. Nous allons profiter pleinement de la mutualisation des moyens offerts par cette plate-forme d’envergure inégalée en Suisse. Avec pour volonté marquée de nous concentrer, dans une logique de laboratoire, sur plusieurs projets stratégiques prioritaires, notamment pour l’administration, Genève Aéroport, les Hôpitaux universitaires, les hautes écoles et le Campus Biotech; dans des domaines comme le «canton intelligent», la fintech, la cybersécurité et le gouvernement électronique; mais aussi la chaîne de blocs ou la santé personnalisée, dans lesquelles l’Etat est déjà engagé et dont les représentants sont intégrés dans les tables rondes nationales.

– La cotisation payée par Genève pour être membre de digitalswitzerland est-elle élevée?

– Plutôt que de se concentrer sur le coût, il est plus constructif de raisonner en termes de bénéfices sur le long terme.

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