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Pierre Maudet à New York, avril 2017.
© DSE/Etat de Genève

États-Unis

Pierre Maudet: «Malgré les incertitudes fiscales, la Suisse est perçue comme un îlot de stabilité»

Le ministre de l’Economie genevois, Pierre Maudet, est en mission aux Etats-Unis, à la tête d’une importante délégation, pour renforcer les relations d’affaires avec les Américains. Dans un contexte difficile

Il a profité de son séjour new-yorkais pour ouvrir un compte Instagram et poster des photos sur ses impressions et visites d’entreprises. Mais le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet est surtout en «mission économique» aux Etats-Unis, à la tête d’une délégation composée d’une vingtaine de chefs d’entreprise et de deux représentants de l’Université de Genève. Au programme: de nombreuses visites, entre New York et San Francisco, au Nasdaq, chez IBM, Airbnb, HP ou encore Oracle. Nous l’avons rencontré à Manhattan, à deux pas de la Trump Tower.

Lire aussi: Ueli Maurer: «Nous ne sommes pas dans le viseur des Etats-Unis»

Le Temps: Vous rendez visite à des entreprises américaines qui ont choisi Genève comme centre d’affaires en Europe, une opération séduction en somme, dans le but initial était de «vendre» la 3e réforme de l’imposition des entreprises (RIE III). Or elle a été refusée le 12 février. N’avez-vous pas un problème de crédibilité pour vanter des conditions-cadres attractives?

Pierre Maudet: C’était inattendu, mais cela ne fait que renforcer l’intérêt et la pertinence de la mission. Notre message doit du coup être plus offensif. Prenons un exemple: lundi matin, nous étions chez JPMorgan, qui compte aujourd’hui plus de 1000 emplois à Genève. On aurait tort de penser que tout est acquis, même si nous n’avons reçu aucun signal négatif à ce stade. Il est plus important que jamais de venir leur rendre visite pour expliquer le vote du 12 février, les informer que l’on continue à travailler pour des conditions fiscales attractives et les convaincre que sur le plan de l’immigration l’horizon s’est dégagé.

Lundi soir, nous organisions une réception à la résidence de l’ambassadeur avec des représentants d’une dizaine d’entreprises, qui totalisent à elles seules 10 000 emplois à Genève, que ce soit des sociétés suisses avec une forte implantation aux Etats-Unis ou des sociétés américaines qui ont choisi Genève comme siège pour l’Europe et le Moyen-Orient. Notre message est clair: «Nous nous battons, nous voulons vous garder et nous voulons que vous continuiez à considérer Genève comme une base intéressante pour votre développement, malgré les incertitudes fiscales.» Je crois que le message a été entendu.

- Qu’est-ce qui vous fait dire ça?

- J’ai été agréablement surpris par la bonne réception de nos arguments. Notre mission, organisée conjointement par le Département de la sécurité et de l’économie du canton de Genève et la Chambre de commerce, représentée par son directeur général adjoint Vincent Subilia, poursuit un but de reconnaissance, de promotion, et l’idée est également de s’inspirer des tendances en matière d’innovation. Cela fait près de treize ans qu’il n’y a pas eu de mission économique genevoise aux Etats-Unis. Nous privilégiions l’Asie ces dernières années, mais le marché américain ne doit pas être négligé.

Pour moi, le déclic provient notamment de discussions avec des horlogers, qui ont subi de plein fouet la suppression du taux plancher. Si le secteur résistait bien, à Genève notamment, c’est parce que le marché américain avait une extraordinaire résilience. Nous avions préparé notre mission avant l’élection de Donald Trump et le scrutin du 12 février, et ne pensions donc pas voyager dans ce contexte. Mais finalement, les incertitudes liées à l’administration Trump amènent d’autant plus les Américains à considérer la Suisse comme un îlot de stabilité et de prévisibilité, malgré nos propres difficultés. J’ai coutume de dire: quand on s’observe, on se désole et quand on se compare, on se console.

- N’êtes-vous pas en fait surtout en «mission de survie»? Les mesures protectionnistes brandies par Donald Trump pourraient toucher l’économie suisse de plein fouet. L’excédent commercial de la Suisse vis-à-vis des Etats-Unis, évalué à 17 milliards de dollars, est mal perçu…

- Je le répète: nous sommes un petit marché, mais un partenaire commercial important. Les entreprises suisses investissent environ 224 milliards de dollars aux Etats-Unis. Les près de 500 entreprises suisses présentes sur sol américain fournissent environ un demi-million d’emplois. Il y a de toute évidence encore de la place pour du business suisse aux Etats-Unis. Inversement, 1100 sociétés américaines – 120 000 places de travail – sont implantées en Suisse. Nous devons faire valoir nos atouts, et Genève s’y attelle.

- Si les Etats-Unis mettent en œuvre leur programme de dumping fiscal, des délocalisations sont à craindre. A quel point Genève en pâtirait-elle?

- Nous ne craignons pour l’instant pas de départs massifs, mais plutôt que des sociétés renoncent à des investissements, en raison de certaines incertitudes. Ce wait and see américain – les intentions de Donald Trump en matière fiscale n’étant pas très claires – fait écho à la situation suisse par rapport à la fiscalité des entreprises, encore incertaine.

- Sentez-vous vos interlocuteurs inquiets par la politique de Donald Trump et son caractère imprévisible?

- Le retour de mesures protectionnistes inquiète, oui, même si certains partenaires semblent tout émoustillés par la perspective de la baisse du taux d’imposition des entreprises de 35% à 15% promise par Donald Trump. Ce sont surtout les patrons de la tech qui sont inquiets des barrières qui pourraient se dresser pour l’accès au marché américain. La Suisse et Genève ont une carte à jouer en offrant leur stabilité et leur compétence en matière de gouvernance et de règles éthiques. De manière générale, j’ai un sentiment positif de cette mission. Nous avons beaucoup à apprendre du caractère entrepreneurial des Américains. Notre but est aussi de positionner des pépites helvétiques et d’attirer le capital-risque vers nos start-up les plus innovantes. On sent des vibrations et ça fait du bien.

- Donald Trump menace de réduire la contribution américaine aux organisations internationales de 40%. Quelles inquiétudes pour la Genève internationale, où les employés onusiens sont déjà menacés par une baisse salariale de 7,5%?

- Nous prolongeons notre séjour de 48 heures après San Francisco pour revenir à New York et évoquer ces questions-là. Il est évident que j’insisterai sur la place et le rôle de la Genève internationale. Nous ne ménageons pas le temps et l’énergie que nous consacrons à sa défense.

Lire aussi: Genève prépare une offensive économique aux Etats-Unis

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