Pierre Moscovici s’est montré combatif lors de son grand oral

Commission Le commissaire désigné a été attaqué sur son bilan de ministre

Le Français a rejeté l’idée qu’il serait un commissaire junior sous les ordres de deux vice-présidents

«Intense». Le socialiste français Pierre Moscovici, commissaire désigné aux Affaires économiques et financières, fiscalité et Union douanières, a lui-même trouvé le mot pour qualifier les trois heures d’oral jeudi face aux parlementaires européens. L’ancien ministre français a fait l’objet d’attaques, tant sur son propre bilan d’ancien ministre de l’Economie que sur sa capacité et volonté à faire respecter les règles par les Vingt-Huit, à commencer par la France. «En tant que commissaire, ma loyauté ira d’abord à l’Europe. Je ne serai ni l’avocat ni le procureur de la France», a-t-il assuré.

«Jugez-moi sur mon engagement et mon expérience, a encore déclaré un Pierre Moscovici combatif et très à l’aise. Ma seule boussole sera les règles européennes et la stratégie dessinée par Jean-Claude Juncker, président désigné de la Commission, qui veut donner une impulsion à la croissance. Ne me jugez surtout pas avec des idées toutes faites.»

Mais l’ancien ministre français a aussi affirmé qu’il est nécessaire de prendre de nouvelles mesures pour stimuler la croissance. «Nous sommes dans l’Europe de la dernière chance, a-t-il averti. Si nous ne sommes pas capables de relever le défi de la croissance, le projet européen serait un échec et l’Europe perdrait la confiance de ses citoyens.» A ce sujet, Pierre Moscovici s’est appuyé sur le projet de Jean-Claude Juncker, qui a promis des investissements à hauteur de 300 milliards d’euros pour relancer l’économie européenne. Par la même, il a défendu son appartenance à la famille sociale-démocrate, ajoutant qu’il est tout aussi nécessaire d’investir dans le social, l’éducation et la santé.

Autrefois partisan de l’émission d’euro-obligations pour financer des infrastructures, Pierre Moscovici a estimé que le temps pour cela n’est pas encore arrivé. L’ancien ministre a partagé ses craintes sur leur impact sur l’endettement des pays.

Il voudrait aussi donner un coup d’accélérateur à la lutte contre l’évasion fiscale en Europe comme dans les Etats tiers. «J’ai déjà eu plusieurs contacts avec la Suisse et je suis convaincu qu’elle va rapidement adopter l’échange automatique d’informations», a-t-il soutenu.

Pierre Moscovici, un commissaire junior qui devra travailler sous la supervision de deux vice-présidents? La question s’est posée ces derniers jours et plusieurs observateurs ont fait remarquer que l’ancien ministre français sera un homme sans pouvoir à Bruxelles. Selon l’organigramme de la nouvelle Commission dessinée par Jean-Claude Juncker, Pierre Moscovici devrait travailler en collaboration avec les deux vice-présidents économiques qui, par ailleurs, appartiennent à la famille centre droit. Nommément, le premier, l’ancien premier ministre finlandais Jyrki Katainen, est préposé à l’Emploi, la croissance, les investissements et la compétitivité, alors que l’ancien premier ministre letton, Divaldis Dombrovskis, serait chargé de l’Euro et du dialogue social. «Le plus important, c’est que nous partageons l’esprit de collégialité et la volonté de travailler ensemble dans un seul but commun», a-t-il répondu. Il a par ailleurs rappelé que les commissaires sociaux-démocrates, au nombre de huit, devront composer avec ceux du centre droit, majoritaires avec 14. Il a néanmoins rejeté l’idée que Jyrki Kaitainen et Divaldis Dombrovskis soient ses supérieurs hiérarchiques.

«L’agressivité avec laquelle certains parlementaires du centre droit ont interrogé Pierre Moscovici a fait penser que l’alliance entre les trois grands partis au sein du Parlement a déjà volé en éclats», a commenté un député européen. La droite n’aurait pas apprécié les attaques menées tant par les socialistes et les Verts contre Miguel Arias Cañete, l’ancien ministre espagnol préposé à l’Energie et au climat. Avant même son oral mercredi soir, une pétition avait circulé contre lui, lui reprochant des propos sexistes ainsi que sa proximité avec l’industrie pétrolière.

Ce n’est pas fini pour Miguel Arias Cañete. Il devra encore fournir des réponses écrites à quelques questions. En revanche, trois commissaires désignés n’ont pas convaincu leur auditoire. Le Britannique Jonathan Hill (Service financier), le Hongrois Tibor Nav­racsics (Education et jeunesse) et la Tchèque Vera Jourova (Justice, consommateurs et égalité) devront passer une nouvelle fois devant les députés européens.

«Je suis convaincuque la Suisseva rapidement adopter l’échange automatique d’informations»